Arrivé vendredi soir à Islamabad, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a été accueilli par le vice-Premier ministre et chef de la diplomatie pakistanaise, Mohammad Ishaq Dar, ainsi que par le maréchal Asim Munir, chef d’état-major de l’armée. Objectif officiel : échanger sur les développements régionaux et les efforts de paix. Sur le terrain, cette visite s’inscrit dans une tournée plus large qui doit également conduire M. Araghchi à Mascate et à Moscou.
Côté américain, des émissaires de Donald Trump – parmi lesquels Jared Kushner et Steve Witkoff – sont également attendus à Islamabad pour relancer des négociations indirectes avec Téhéran. Les discussions devraient s’étaler sur plusieurs jours, sans calendrier arrêté.
Cette effervescence diplomatique survient dans un contexte régional explosif. Au Liban, malgré un cessez le feu théorique, des frappes meurtrières continuent de faire des victimes. À Ghaza, les violences ne faiblissent pas, signe de l’effondrement des mécanismes de désescalade. Dans le golfe Persique, le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20% du pétrole mondial, demeure stratégiquement paralysé, perturbant les équilibres énergétiques et poussant même des acteurs comme Patrick Pouyanné (TotalEnergies) à accélérer la recherche d’alternatives structurelles.
Derrière l’agitation des émissaires, une réalité s’impose pour Washington : l’administration Trump cherche une porte de sortie. La guerre contre l’Iran n’a produit ni l’effondrement rapide de Téhéran, ni sa capitulation stratégique, ni la stabilisation régionale espérée. Au contraire, le conflit s’étire, s’élargit et fragilise les positions américaines. Le coût économique grimpe, les tensions militaires persistent et l’incertitude politique s’installe à quelques mois des échéances électorales.
Donald Trump, malgré ses déclarations bravaches, voit son rapport de force se retourner.
L’ouverture de ces négociations indirectes n’est pas un signe de confiance, mais un aveu implicite : ce n’est plus l’Iran qui cherche à éviter l’affrontement, ce sont désormais les États-Unis qui cherchent à en sortir. La priorité est devenue la gestion des dégâts – éviter une escalade incontrôlable, rassurer des marchés énergétiques sous tension et empêcher que ce conflit ne devienne un boulet électoral.
C’est dans cette équation que le Pakistan joue un rôle discret mais crucial. Loin des projecteurs, Islamabad offre un espace de dialogue indirect permettant aux deux parties de tester des issues sans s’exposer frontalement. Une médiation fragile, suspendue à des intérêts contradictoires et à une méfiance profonde.
Ces discussions ne traduisent donc pas une dynamique de paix, mais une tentative d’ajustement : Washington négocie sous contrainte, tandis que Téhéran avance sans précipitation, conscient que le temps joue désormais en sa faveur.
Malik M.
Abbas Araghchi à Islamabad: Les États-Unis tentent de négocier une sortie de guerre

