Depuis Nairobi, où il participait au sommet «Afrique vers l’avant», Emmanuel Macron a livré une série de déclarations qui ressemblent à un aveu d’impuissance plus qu’à une véritable initiative de paix. En présence d’un auditoire africain, le président français a reconnu, entre les lignes, que la politique de confrontation menée ces derniers mois contre l’Algérie avait échoué.
Il a évoqué la nécessité d’une «relation calme et constructive» avec Alger, fondée sur le «respect mutuel», un langage inhabituel sous la verrière de l’Élysée, souvent enclin à la leçon de morale et à l’arrogance post-coloniale.
Le chef de l’État français a notamment cité la mission récente d’une de ses émissaires, Alice Rufo, comme un possible point de bascule vers un réengagement bilatéral. Mais pour l’Algérie, qui n’a jamais cédé à la provocation ni aux chantages répétés de Paris, ce revirement sonne surtout comme une reconnaissance implicite de sa force de dissuasion diplomatique. En clair, après avoir multiplié les gestes d’hostilité, restrictions de visas, déclarations blessantes sur l’histoire et la souveraineté algérienne, ingérences inacceptables –, la France tente aujourd’hui de sauver ce qui peut encore l’être. Macron a d’ailleurs fustigé, sans les nommer directement, certaines franges de la classe politique française qui surfent sur la haine anti-algérienne pour grappiller des voix lors des scrutins locaux.
Un constat tardif mais bienvenu : l’Algérie n’est pas un enjeu électoral pour les petits calculateurs de Paris, et le président français semble enfin prendre conscience que le torchage médiatique et les outrances xénophobes ne font qu’éloigner davantage Alger d’un dialogue serein.
La question mémorielle, notamment la reconnaissance pleine et entière des crimes coloniaux comme les massacres du 8 mai 1945, a été discrètement évoquée, l’Élysée affirmant vouloir «continuer à traiter ce dossier». Mais Alger sait pertinemment que sans actes forts, excuses officielles, restitution d’archives, jugement impartial de l’histoire, les belles paroles resteront lettre morte. L’Algérie, forte de sa dignité retrouvée et de son influence croissante en Afrique et dans le monde, n’a plus besoin de mendier la reconnaissance de qui que ce soit.
Sur le plan africain, le constat est encore plus cinglant pour Paris. Alors que l’Algérie construit des ponts solides avec ses voisins sahéliens, Mali, Niger, Burkina Faso, la France assiste impuissante à l’effondrement de son pré carré. Les putschistes de Bamako ou de Niamey, portés par une jeunesse souverainiste, n’ont aucun complexe à tourner le dos à l’ancienne puissance coloniale.
Dans ce nouveau paysage, l’Algérie apparaît comme un pôle de stabilité, de médiation et de coopération désintéressée, là où Paris reste perçue comme une puissance intrusive et paternaliste.
Loin de l’époque où Paris imposait sa loi, Alger dicte désormais ses conditions.
La France a perdu des années de confiance, et les déclarations de Nairobi, aussi policées soient-elles, ne suffiront pas à effacer les blessures ni à restaurer une influence qui s’effrite jour après jour. L’Algérie, fière et souveraine, peut attendre. Le temps, désormais, travaille pour elle.
F. B.
Sommet «Afrique vers l’avant»: Macron tend la main à Alger

