Le réchauffement des relations entre l’Algérie et la France va-t-il conduire, après la reprise de la coopération diplomatique et sécuritaire, en plus de l’annonce de la reprise du travail de la commission mixte d’historiens, aboutir à la relance de la coopération judiciaire et la restitution des biens mal acquis en France et appartenant à l’Algérie ?
La visite annoncée pour demain en Algérie du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, pourrait constituer une occasion pour relancer la coopération judiciaire, surtout que la question des biens mal acquis est à l’ordre du jour de la visite.
Il sera accompagné par une délégation de magistrats, dont la procureure nationale anti criminalité organisée (PNACO), Vanessa Perrée, et le procureur national financier (PNF) Pascal Prache.
Selon des fuites médiatiques, Gérald Darmanin doit s’entretenir avec plusieurs hauts responsables, dont homologue algérien Lotfi Boudjemaâ.
Les échanges seront placés sous le signe de l’ouverture d’un «nouveau chapitre» de la coopération judiciaire, fondé sur le respect des spécificités institutionnelles de chacun des deux pays.
La visite du ministre français de la Justice sera, sans doute, une occasion pour Alger de réitérer sa volonté de poursuivre la lutte contre la corruption et de récupérer l’argent volé. Depuis le début des grandes affaires de corruption, l’Algérie a lancé des dizaines de commissions rogatoires en France, réclamant l’extradition d’individus condamnés par la justice et la restitution de fonds détournés.
Toutes les commissions ont reçu une fin de non recevoir. Contrairement à certains états qui ont affiché une disponibilité à aider le pays à récupérer les fonds détournés, à l’image de l’Espagne et de la Suisse, la France n’a fait aucun geste dans ce sens
25 commissions rogatoires attendent les réponses de Paris
Selon le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaâ, l’Algérie avait adressé 335 demandes d’entraide judiciaire internationale à 32 pays dans le cadre de ses efforts visant à tracer, geler et confisquer les revenus criminels, sous forme de commissions rogatoires.
Les autorités judiciaires algériennes ont également adressé 53 demandes pour la récupération d’avoirs auprès de 11 pays, dont un pays africain, avait expliqué récemment le ministre.
Alger a maintes fois dénoncé le manque de coopération de Paris dans ce domaine et certaines voix sont allées jusqu’à accuser la France de protéger les corrompus algériens.
Le cas de l’ancien ministre de l’industrie, Abdeslam Bouchouareb, est symptomatique de ce refus de coopération de Paris. Réagissant au refus d’extradition de Bouchouareb, le ministère des Affaires étrangères avait relevé l’absence totale de coopération du Gouvernement français en matière d’entraide
judiciaire en dépit de l’existence de nombreux instruments juridiques internationaux et bilatéraux prévus à cette fin. «Dans le cadre de ses efforts visant à récupérer toutes les richesses dont elle a été spoliée, l’Algérie s’est systématiquement heurtée et se heurte toujours à des tergiversations et à des atermoiements injustifiés et inexplicables de la partie française qui ont abouti à une absence totale de réponses à vingt-cinq commissions rogatoires introduites par l’Algérie», avait souligné le ministère dans
un communiqué. La visite de Dermanin à Alger permettra-t-elle de débloquer la situation?
Fateh H.

