Selon un think tank italien: L’Algérie, nouveau pivot stratégique de la Méditerranée

Une analyse publiée par l’Institut italien d’études politiques internationales (ISPI), signée par Yahia Zoubir et Abdelkader Abderrahmane, dresse le portrait d’une Algérie en pleine ascension géopolitique.
Longtemps perçue comme un acteur discret, le pays s’impose désormais comme une plaque tournante incontournable entre l’Europe, l’Afrique du Nord et le Sahel.
Depuis 2019, Alger a accéléré son repositionnement. La multiplication des visites diplomatiques de haut niveau, notamment européennes, et la récente venue du pape Léon XIV témoignent de cette centralité retrouvée. L’Algérie n’est plus en marge : elle est redevenue un passage obligé.
Au cœur de ce dynamisme, la diplomatie énergétique joue un rôle clé. La guerre en Ukraine a poussé l’Europe à chercher des fournisseurs alternatifs fiables.
L’Algérie, grâce à sa proximité géographique et à ses gazoducs opérationnels vers l’Italie et l’Espagne, a su répondre présente. Mais elle ne se contente pas d’être un simple fournisseur : elle renégocie ses partenariats sur une base plus équilibrée, imposant une logique d’interdépendance qui rompt avec les anciens schémas asymétriques.
L’analyse souligne également l’émergence d’un axe méditerranéen pragmatique reliant l’Algérie aux pays d’Europe du Sud, fondé sur des intérêts convergents en matière d’énergie, de sécurité et de stabilité régionale. Par ailleurs, la position géographique du pays en fait un carrefour géoéconomique potentiel entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, à travers des projets d’infrastructures structurants.
Sur le plan sécuritaire, l’Algérie consolide son statut d’acteur stabilisateur dans un Sahel en crise. Fidèle à sa doctrine de non-ingérence, elle privilégie la médiation et le dialogue, une approche qui lui confère une crédibilité unique dans une région satu rée d’interventions extérieures.
Enfin, l’Algérie cultive aussi une «centralité douce» à travers des initiatives culturelles et religieuses qui renforcent son image de pont entre les mondes.
La conclusion des analystes est claire : dans une Méditerranée fragmentée et sous tension, il devient impossible de penser les équilibres régionaux sans compter avec l’Algérie.
L. L.-E.