Au Maroc, la vérité dérange. La preuve : le sort réservé à Montassir Itri, auteur marocain dont le livre témoignage sur le séisme d’Al Haouz a été retiré du Salon international de l’édition et du livre de Rabat, en mai 2026. Quelques jours seulement après sa présentation, l’ouvrage a disparu des stands. Plus aucune signature. Plus aucune présence. L’auteur, réduit au silence.
Dans son livre, Itri ne parle pas de politique. Il raconte sa maison détruite, son village de Tansghart anéanti, et cette attente interminable des promesses de reconstruction.
Il porte la voix de milliers de familles qui, plus de deux ans après la tragédie du 8 septembre 2023, vivent encore sous des tentes. Une détresse vraie. Une réalité que le régime préfère étouffer plutôt que d’assumer. La justification officielle ? Son livre «n’était pas inscrit sur la plateforme» du salon. Pourtant, d’autres auteurs ont signé sans cette formalité. Une incohérence qui ne trompe personne : c’est bien de censure qu’il s’agit. Itri paye le prix de son honnêteté. Il ose dire ce que le Makhzen refuse d’entendre.
La Coordination nationale des sinistrés a dénoncé une «répression» pure et simple. Sur les réseaux sociaux, la colère gronde.
Les internautes dénoncent un pouvoir qui musèle systématiquement les voix critiques, même celles qui ne demandent qu’à témoigner d’une souffrance quotidienne. Cette affaire révèle un scandale plus profond.
Pendant que le gouvernement d’Aziz Akhannouch multiplie les projets grandioses pour soigner l’image du Maroc à l’international – stades, autoroutes, Coupe du monde – les sinistrés d’Al Haouz, eux, attendent toujours. Selon un rapport de Transparency Maroc de février 2026, 90% des familles interrogées vivent encore dans des abris de fortune.
Pire : des maisons totalement détruites ont été arbitrairement reclassées «partiellement endommagées» pour réduire les aides. 2 960 morts, 5 674 blessés, 60 000 habitations détruites. Un an et demi après, le silence du palais est assourdissant. Et quiconque ose en parler voit son livre retiré, sa parole confisquée.
Bienvenue au Maroc, où l’on reconstruit l’image mais pas les villages. Où la liberté d’expression s’arrête là où commence la vérité du régime.
Lotfi L.-E.
Salon du livre: La censure marocaine frappe encore

