L’Algérie ne lâche rien sur le dossier des milliards envolés à l’étranger. Sa feuille de route ? Une action tous azimuts : diplomatie offensive, collaboration judiciaire renforcée et arsenal juridique modernisé. L’objectif est clair : convaincre les pays européens, souvent réticents, de jouer le jeu et de restituer l’argent public siphonné par des corrompus, qu’ils soient encore au pouvoir, condamnés ou en cavale.
Dernier mouvement en date : la visite du chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, à Berne. Il y a rencontré son homologue suisse, Beat Jans, pour parler coopération policière et judiciaire. En ligne de mire : traquer, geler et récupérer les avoirs illégalement sortis du pays.
Pour renforcer son bras de fer, Alger s’appuie sur des partenariats bilatéraux avec plusieurs capitales européennes, mais aussi sur des instances internationales comme le GAFI ou l’initiative STAR de la Banque mondiale. Côté législation, des réformes récentes, dont le principe de «règlement à l’amiable», permettent d’accélérer les procédures et d’éviter des années de batailles judiciaires.
La diplomatie joue ici un rôle clé. L’Algérie a rejoint des réseaux spécialisés, STAR, le Forum mondial pour le recouvrement des actifs, l’ONUDC, et le réseau régional Moyen-Orient, Afrique du Nord.
Selon le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, cette adhésion a donné un coup d’accélérateur aux demandes de restitution. Dans chaque rencontre internationale, Alger réclame un soutien technique pour ses propres services, notamment l’Office central de lutte contre la corruption. Malgré des avancées avec certains pays (l’Espagne, par exemple), les obstacles restent nombreux : manque de coopération des paradis fiscaux, circuits financiers tortueux, comptes sous pseudonymes…
Chiffres à l’appui, le ministre Boudjemaa indiquait fin 2025 que la justice algérienne avait lancé 335 commissions rogatoires vers 32 pays, et 53 demandes officielles de recouvrement auprès de 11 États. Résultat : plusieurs biens ont pu être récupérés, même si certains partenaires traînent des pieds.
Une commission nationale d’experts suit ces dossiers au jour le jour. L’Algérie active aussi des réseaux comme GlobE Network et ARIN-MENA, tout en formant des magistrats spécialisés dans l’entraide judiciaire internationale.
Au cœur de ce dispositif : la Suisse. Place financière incontournable, elle attire les élites corrompues et les fuyards. Ses outils judiciaires performants (gel de comptes, confiscation) et son adhésion aux réseaux mondiaux en font un partenaire de choix pour Alger.
L. L. E.

