Un cri d’alarme retentit depuis Londres. L’ONG Survival International a averti lundi dernier que près de la moitié des peuples autochtones vivant volontairement en isolement total pourraient disparaître d’ici une décennie, si la communauté internationale ne prend pas des mesures urgentes pour les protéger.
Dans un rapport accablant, l’organisation dénonce les multiples menaces qui pèsent sur ces groupes humains, parmi les plus vulnérables de la planète : exploitation forestière et minière, grands projets d’infrastructure, expansion agricole, et même tourisme intrusif. «Nous faisons face à une urgence mondiale. Ces peuples sont en danger d’extinction, et leur disparition serait une perte irréversible pour l’humanité», a déclaré Caroline Pearce, directrice exécutive de Survival International, lors d’un point presse. Elle appelle les gouvernements, les entreprises et les institutions internationales à reconnaître la gravité de la situation et à agir sans délai.
Selon l’ONG, 196 peuples dits «non contacté », c’est-à-dire ayant choisi de vivre sans interaction avec les sociétés extérieures, ont été recensés dans dix pays, principalement en Amérique du Sud. Plus de 90% d’entre eux vivent dans la forêt amazonienne, notamment au Brésil, où la pression sur leurs territoires s’intensifie à un rythme alarmant.Ces communautés, souvent réduites à quelques dizaines d’individus, dépendent entièrement de leur environnement naturel pour survivre. Leur isolement volontaire est une stratégie de préservation culturelle et physique, souvent motivée par des expériences passées de violence, de spoliation ou de contamination.
Or, l’intrusion de l’industrie extractive, la déforestation illégale et les routes ouvertes au nom du développement les exposent à des maladies contre lesquelles ils n’ont aucune immunité, à la destruction de leurs ressources vitales et à des conflits meurtriers.
Survival International dénonce également l’hypocrisie de certains États qui, tout en reconnaissant officiellement l’existence de ces peuples, autorisent ou tolèrent des activités économiques sur leurs terres.
L’ONG réclame la reconnaissance pleine et entière de leurs droits territoriaux, la mise en place de zones protégées strictement interdites à toute exploitation, et le respect absolu de leur choix de vivre en dehors du monde globalisé. «Ce n’est pas seulement une question de droits humains, c’est une question de justice, de diversité culturelle et de survie collective», conclut le rapport.
À l’heure où l’humanité s’interroge sur son avenir écologique, la disparition silencieuse de ces peuples serait un échec moral et civilisationnel .
Amine S.
Peuples autochtones isolés: Une extinction silencieuse en dix ans si rien n’est fait

