Alors que la France s’enfonce dans une querelle diplomatique dont elle semble seule à porter le poids, ses partenaires européens, eux, avancent. Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste pour la présidentielle de 2027, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ce qu’elle qualifie de gâchis stratégique : pendant que Paris s’empêtre dans une spirale de tensions avec Alger, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne s’apprêtent à signer des contrats gaziers avec l’Algérie et à consolider des relations économiques que la diplomatie française, elle, continue de saborder.
Sur la plateforme X, l’ancienne ministre a qualifié de «scandaleuse» la spéculation qui frappe actuellement les prix de l’énergie en France, y voyant le symptôme d’un pays livré aux marchés mondialisés au moment précis où ses voisins européens sécurisent, eux, des approvisionnements stables auprès d’un
partenaire fiable.
Le contraste, souligne-t-elle, est cinglant : là où Rome, Berlin et Madrid consolident méthodiquement leur présence sur le marché algérien, la France regarde ses entreprises perdre du terrain, supplantées par des concurrents européens visiblement moins encombrés de postures idéologiques.
Ségolène Royal a également fustigé les tenants d’une ligne dure envers l’Algérie, accusant certains dirigeants et médias, qu’elle rattache explicitement à une inspiration d’extrême droite, de multiplier les provocations et les insultes envers un pays avec lequel la France gagnerait pourtant à renouer un dialogue apaisé.
Elle est allée plus loin encore, dénonçant le procédé consistant à discréditer d’un revers de main tous ceux qui, comme elle, plaident pour l’apaisement, en les affublant, dit-elle avec ironie, de l’étiquette absurde de «victimes d’ingérence» une accusation qu’elle juge d’autant plus infondée que même la visite du pape Léon XIV n’a pas suffi à calmer certaines ardeurs polémiques.
Poussant le raisonnement jusqu’au bout, l’ancienne ministre s’est interrogée, non sans ironie mordante, sur la cohérence d’un discours qui verrait de l’ingérence algérienne partout sauf là où elle devrait logiquement se manifester au Vatican, en Italie, en Allemagne, en Espagne, ou même aux États-Unis.
Car ce sont précisément ces pays, rappelle-t-elle, qui viennent de doubler leurs échanges commerciaux avec l’Algérie un pays qui, loin d’être isolé sur la scène internationale, voit au contraire ses partenaires se multiplier et se réjouir, selon les mots de Ségolène Royal, de prendre la place laissée vacante par des entreprises françaises trop longtemps freinées par des considérations politiques.
Présidente de l’association France-Algérie et artisane reconnue du dégel des relations bilatérales après près de deux années de crise ouverte, Ségolène Royal a conclu son propos par un appel à la raison : la France, insiste-t-elle, doit s’entendre avec l’ensemble de ses voisins, l’Algérie comme le Maroc, et plus largement avec tous les pays méditerranéens, dans la perspective d’un avenir commun à construire ensemble. Une politique de division systématique, a-t-elle averti, ne relève que d’une «pulsion néocoloniale toxique d’un autre âge» un logiciel dépassé dont l’Europe tout entière, à l’exception de Paris, semble avoir déjà tiré les leçons.
A. G.
Pendant que l’Europe se presse en Algérie: Ségolène Royal dénonce l’aveuglement français
