Pakistan-Afghanistan: La poudrière explose, Islamabad dégaine la « guerre ouverte »

Le gouvernement pakistanais a annoncé vendredi à l’aube une « guerre ouverte » contre l’Afghanistan, après avoir bombardé plusieurs villes afghanes majeures en réponse à des échanges de tirs meurtriers engagés la veille entre les deux pays voisins.
Les relations, déjà tendues ces derniers mois avec la fermeture des postes-frontières depuis les affrontements d’octobre ayant fait plus de 70 morts, ont basculé dans une escalade militaire sans précédent. « Notre patience est épuisée.
C’est désormais une guerre ouverte entre nous et vous », a lancé le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, sur la plateforme X. Son collègue de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, a justifié ces frappes comme une « réponse appropriée » après des explosions et des tirs entendus à Kaboul et Kandahar, où des journalistes ont rapporté la présence d’avions de combat.
Les autorités afghanes ont confirmé les raids pakistanais, tout en affirmant qu’aucune perte n’était à déplorer. De son côté, Islamabad a précisé avoir visé des « positions de défense des talibans afghans » dans ces villes ainsi que dans la province de Paktia.
Ces frappes constituent une riposte à une nouvelle attaque afghane contre des sites pakistanais jeudi, selon Islamabad, tandis que les talibans affirment avoir lancé une contre-offensive d’ampleur. Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a prévenu que ses forces étaient capables d’écraser tout agresseur.
L’armée afghane avait mené dans la nuit de jeudi une offensive contre des installations militaires frontalières au Pakistan, revendiquée comme une réponse à des attaques meurtrières antérieures. Kaboul a fait état de huit soldats tués dans cette opération terrestre, affirmant avoir infligé de lourdes pertes au camp adverse, avec des dizaines de morts et plusieurs prisonniers.
Les autorités afghanes ont signalé des opérations militaires en cours dans plusieurs provinces, tandis que le Pakistan assurait répondre « immédiatement et efficacement » à des tirs « non provoqués » sur sa province du Khyber Pakhtunkhwa.
Cette flambée de violence s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes depuis des mois.
Elle fait suite à des raids pakistanais dimanche dernier sur Nangarhar et Paktia, qui auraient tué des dizaines de civils selon l’ONU et les talibans, ces derniers contestant le bilan de « plus de 80 insurgés » avancé par Islamabad. Malgré plusieurs tentatives de médiation, notamment du Qatar, de la Turquie et récemment de l’Arabie saoudite pour obtenir la libération de soldats pakistanais capturés en octobre, les efforts diplomatiques ont échoué à instaurer une trêve durable.
Au cœur du conflit, les accusations récurrentes d’Islamabad contre Kaboul, accusé de ne pas agir contre les groupes armés qui mènent des attaques au Pakistan depuis le sol afghan, des allégations que le gouvernement taliban rejette fermement. La dernière escalade survient après une série d’attentats sanglants au Pakistan, dont un suicide contre un restaurant à Kaboul revendiqué par l’organisation État islamique, exacerbant encore les tensions entre les deux voisins.
Malik.M.