Paix et sécurité en Afrique: Le constat sans appel de l’Algérie

Les travaux de la 12e édition du Séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique, connu sous le nom de Processus d’Oran, ont débuté, hier, au centre international des conférences (CIC) à Alger.
Présidé par le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, le séminaire se tient en présence de Mahmoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l’Union africaine, de Kacou Léon Adom, ministre des Affaires étrangères de la République de Côte d’Ivoire et Président du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, de Bankole Adeoye, Commissaire de l’Union africaine chargé des affaires politiques, de la paix et de la sécurité, de Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix et de représentants des pays partenaires du Processus d’Oran.
Dans un long discours d’ouverture, le chef de la diplomatie algérienne a établi un constat sans complaisance de la situation en Afrique, où plusieurs pays traversent des crises sécuritaires.
Il a d’emblée souligné que le Processus d’Oran est devenu un rendez-vous continental régulier, établi de manière formelle à l’agenda de l’Union africaine et de son vénérable Conseil de paix et de sécurité. Il s’est dit fier que les trois pays africains au Conseil de sécurité de l’ONU forment désormais un bloc unique et uni, un bloc reconnu, doté d’une identité affirmée et de positions solides et cohérentes.
Il s’est dit fier également du fait qu’en confiant à ses représentants siégeant au Conseil de sécurité des Nations Unies la mission de plaider en son nom et pour ses priorités, l’Afrique ait atteint un statut qu’aucun autre continent n’a atteint avant elle : celui d’être représentée non par des voix nationales dispersées, mais par une seule voix, unifiée La voix du continent africain dans son ensemble.
«Nous nous sommes attachés à ce que nos positions s’appuient sur les décisions de l’Union
africaine, à ce que nos initiatives soient conformes aux orientations de son Conseil de paix et de sécurité, et à ce que nos actions soient pleinement en harmonie avec la doctrine africaine consacrée en matière de prévention des causes de tension et de conflit», a lancé M. Attaf en évoquant le mandat de l’Algérie au Conseil de sécurité.

Crise profonde
Ahmed Attaf a soutenu que la conjoncture internationale actuelle est loin d’être ordinaire.
Il s’agit d’une période de profonde crise, d’instabilité aiguë et de complexité extrême, marquée par la polarisation, les divisions et les conflits.
Il pointe du doigt une volonté déterminée qui cherche à remettre en cause les acquis les plus précieux de l’humanité depuis les débuts de son histoire, à savoir : le droit international comme arbitre suprême entre les nations ; le multilatéralisme comme méthode de coopération face aux défis partagés et l’ONU comme phare du droit, de la justice et de la légalité, et comme espace commun de dialogue, de rapprochement et de règlement des différends.
«Une telle conjoncture impose inévitablement des défis supplémentaires à notre continent, d’autant plus que nous observons le recul préoccupant de l’attention internationale portée aux questions de paix et de sécurité en Afrique, lesquelles disparaissent progressivement des priorités de la communauté internationale», a-t-il déploré. Il évoque la guerre au Soudan qui approche de sa troisième année, générant la plus grave crise humanitaire au monde, la crise en Libye qui, après quatorze années, est devenue un dossier oublié.
M. Attaf cite aussi la dernière colonie de notre continent qui marque cette année soixante-deux ans depuis que la communauté internationale s’est engagée, en inscrivant le Sahara occidental sur la liste des territoires non autonomes, à permettre à son peuple d’exercer son droit inaliénable et imprescriptible à l’autodétermination, conformément à la légalité internationale pertinente et à la doctrine onusienne consacrée en matière de décolonisation.
à cela, l’orateur a ajouté la situation dans la région sahélo-saharienne qui a dépassé tous les seuils de crise — sur les plans sécuritaire, politique et économique — sans qu’aucune initiative significative n’émerge, ni pour traiter les changements anticonstitutionnels de gouvernement devenus des faits accomplis, ni pour affronter la menace terroriste qui s’est intensifiée à un niveau sans précédent dans cet espace africain. Sans oublier les situations dans d’autres régions de notre continent — notamment dans la région des Grands Lacs et dans la Corne de l’Afrique — démontrent que l’absence de solutions durables ne fait que reproduire les mêmes crises sous des formes plus graves et plus dangereuses.

Autocritique
Pour le chef de la diplomatie algérienne, cette réalité nous impose de nous interroger nous-mêmes avant d’interroger autrui et de porter d’abord notre regard critique sur nos propres manquements avant de l’adresser aux autres. Et de relever le recul du rôle diplomatique continental qui est malheureusement devenu une caractéristique marquante du paysage africain de la paix et de la sécurité.
«La faible attention africaine portée à nos propres zones de tension a été un facteur déterminant de leur marginalisation dans l’agenda multilatéral international», a poursuivi l’orateur, déplorant la rareté des initiatives africaines pour résoudre les conflits, ouvrant un large espace aux interventions extérieures, tant en nombre qu’en portée.
Pour M. Attaf, l’Afrique a aujourd’hui plus que jamais besoin de renforcer son rôle diplomatique, de concevoir et de mettre en œuvre des solutions africaines aux problèmes africains, et de raviver sa tradition diplomatique — une tradition dont l’efficacité a été démontrée tout au long de son histoire récente et plus ancienne.
Ainsi, une responsabilité collective et partagée entre tous les États membres et les communautés économiques régionales concernées s’impose, en coopération avec l’Union africaine.
Le groupe africain au Conseil de sécurité des Nations Unies ne saurait être qu’un soutien, un relais et une amplification de cet effort africain authentique au niveau international, a précisé M. Attaf.
à la fin de son intervention, M. Attaf a appelé à redoubler d’efforts pour élaborer des solutions africaines aux maux africains et à poursuivre la mobilisation afin de mettre fin à la marginalisation de l’Afrique dans les instances où se prennent les décisions internationales .
Fateh H.