L’Algérie vient de célébrer le 70e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale, le 1er Novembre 1954, contre la colonisation française. La célébration était à la hauteur de l’évènement. Mais elle est intervenue dans un contexte où le dossier de la mémoire entre l’Algérie et la France est
toujours en souffrance.
Le Président français, Emmanuel Macron, a profité de cet anniversaire pour faire un nouveau pas dans sa démarche de « la politique des petits pas », mais un geste qui reste insuffisant et qui a soulevé des interrogations. Considérant que le travail de vérité et de reconnaissance doit se poursuivre, Macron a reconnu que Larbi Ben M’hidi, héros national et l’un des six chefs historiques qui lancèrent l’insurrection du 1er novembre 1954, « a été assassiné par des militaires français placés sous le commandement du général Aussaresses ».
Le président français ne parle pas de l’Etat français ni de l’armée française pour leur faire porter la responsabilité de cet assassinat mais de « militaires français », comme si l’acte était isolé.
L’Algérie attend évidemment beaucoup plus de la part de la France, d’autant plus que le dossier de la mémoire est souvent au cœur des crises diplomatiques entre les deux pays.
Alger continue à réclamer la vérité historique et à exiger la reconnaissance des massacres commis par la colonisation française tout au long de l’occupation qui a duré 132 ans. A la veille de la célébration du 70e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale, le Président algérien, Abdelmadjid Tebboune avait soutenu que la question de la mémoire a besoin d’un nouveau souffle de courage et d’intégrité pour « se débarrasser du complexe du passé colonial et se tourner vers un avenir où il n’y a pas de place pour les semeurs de haine, parmi ceux qui restent prisonniers d’une pensée coloniale obsolète ». Il avait affirmé que l’Algérie reste attachée au principe du droit et d’équité en ce qui concerne ce dossier, que, avait-t-il ajouté, certains cercles extrémistes tentent de falsifier ou de reléguer au tiroir de l’oubli. Quelques jours auparavant, dansun entretien accordé à des médias nationaux, M. Tebboune avait réclamé la vérité historique, exigeant, dans la foulée, la reconnaissance des massacres commis par la colonisation française. La question n’avance pas malgré la mise en place d’une commission mixte d’historiens afin d’assurer une prise en charge intelligente et courageuse des problématiques liées à la mémoire dans l’objectif d’appréhender l’avenir commun avec sérénité.
La commission était chargée de travailler sur l’ensemble des archives de la période coloniale et de la guerre d’indépendance. Ce travail scientifique a vocation à aborder toutes les questions, y compris celles concernant l’ouverture et la restitution des archives, des biens et des restes mortuaires des résistants algériens, ainsi que celles des essais nucléaires et des disparus, dans le respect de toutes les mémoires.
Concrètement, le travail n’a pas été à la hauteur des attentes. Lors de sa dernière entrevue avec des médias, et en réponse à une question sur le travail de cette Commission, le président Tebboune a indiqué qu’elle « a joué son rôle au départ, mais son travail a été impacté par les déclarations politiques
d’une minorité française hostile à l’Algérie » .
Fateh H.
Otage des politiques de la France: Le dossier de la mémoire en souffrance

