Abdelkader Hadjout, connu sous le nom de Nabeth, s’est éteint hier soir, emportant avec lui l’une des voix les plus sincères et les plus discrètes de la chanson kabyle. Son décès laisse un vide, mais sa musique, elle, ne s’éteindra jamais.
Né le 18 juin 1955 à Aït Lahcène, dans la région d’Ath Yenni, ce géomètre de formation n’avait pas choisi la voie artistique par hasard. C’est après des études en Oranie et une immersion dans divers courants musicaux qu’il décida, à 33 ans seulement, de monter enfin sur scène.
Jusque-là, il avait exercé comme géomètre expert foncier, mais la musique l’appelait depuis toujours. Ses maîtres ? Les grands noms du chaâbi comme El Hasnaoui et Amar Ezzahi, sans oublier les figures emblématiques de la chanson kabyle, Aït Menguellet, Idir, Djamal Allam ou encore les Abranis.
Sa rencontre avec Brahim Izri, un ami de jeunesse devenu musicien accompli, fut décisive. Ce dernier lui ouvrit les portes de l’harmonie moderne et de l’instrumentation, tandis que l’orchestre de la zaouïa d’El Hadj-Belkacem paracheva sa formation. En 1995, il sortit l’album Yidem (Avec toi ), qu’il diffusa lui-même, parcourant les régions dans un contexte pourtant difficile, loin des circuits commerciaux et des
projecteurs.
Car Nabeth était un homme discret. Il n’a jamais couru après la gloire ni les chiffres. Pourtant, son nom restera à jamais lié à Dachiwen (Les Cornes), ce morceau devenu un véritable repère dans l’imaginaire collectif kabyle.
Une chanson que des générations entières ont fredonnée sans même toujours connaître le visage de son interprète. Après de longues années d’absence, c’est grâce aux encouragements d’Amour Abdenour qu’il renoua avec la chanson au début des années 2000. Ensemble, ils donnèrent vie à Ah Yemma Inas, un vibrant appel à la fraternité et à la solidarité, thèmes qui n’avaient jamais cessé d’habiter son œuvre.
Le destin a voulu que l’un de ses derniers gestes artistiques soit aussi un geste d’amour. Au début de cette année 2026, il partagea l’affiche avec sa fille Lycia pour le clip et l’enregistrement de Vava Amghar, une reprise aux accents traditionnels.
Abdelkader Hadjout laisse derrière lui une œuvre peu abondante mais d’une qualité rare, des airs que l’on reconnaît dès les premières notes et des paroles qui continueront de voyager. Il restera dans les mémoires comme un homme simple, profondément attaché à sa terre natale et à ses valeurs, une voix certes discrète, mais dont l’écho, à l’image de Dachiwen, ne cessera jamais de résonner.
A. S.

