Un devoir de mémoire et de vérité s’impose soixante-dix ans après les faits. Le documentaire Algérie, sections armes spéciales, projeté le 11 juin 2026 à Paris, apporte un éclairage bouleversant sur une page longtemps enfouie de l’histoire algérienne. Réalisé par Claire Billet à partir des recherches approfondies de l’historien Christophe Lafaye, ce film explore l’ampleur inédite de la fabrication et de l’utilisation d’armes chimiques par l’armée française durant la guerre d’Algérie.
Loin des récits officiels, l’enquête révèle que ces armes ont été déployées pour anéantir des combattants de l’Armée de libération nationale (ALN), mais aussi des personnels médicaux et des populations civiles, y compris des femmes et des enfants réfugiés dans des grottes.
Le documentaire s’appuie sur un travail minutieux d’archives, complété par des témoignages poignants de survivants algériens, encore marqués par ces traumatismes, ainsi que par les confessions d’anciens soldats français, témoins ou acteurs directs de ces opérations.
La Kabylie et les Aurès, régions montagneuses particulièrement touchées, occupent une place centrale dans ce récit. Parmi les révélations les plus marquantes, le film met en lumière l’existence de «sections spéciales» chargées de gazer grottes et abris souterrains, en violation flagrante des conventions internationales que la France avait pourtant signées.
Ces pratiques, longtemps occultées par la censure militaire, ont concerné l’ensemble du territoire algérien.
La projection, organisée par les associations signataires de l’Appel du 4 mars aux côtés de la section Paris 5/13 de la Ligue des droits de l’Homme, sera suivie d’un débat en présence de Claire Billet et de Christophe Lafaye. Une table ronde réunira également des personnalités telles que Catherine Teitgen-Colly, Rony Brauman et Gilles Manceron. Seront notamment abordés les obstacles que rencontrent encore les chercheurs pour accéder à certaines archives militaires, toujours classées «secret défense», comme le dénoncent plusieurs travaux académiques récents. Ce film constitue ainsi une contribution essentielle à la mémoire collective algérienne, un hommage rendu aux victimes longtemps oubliées, et une invitation à ne jamais refermer les yeux sur les pages sombres de l’histoire.
Amina S.
Algérie, sections armes spéciales: Un film lève le voile sur l’usage des armes chimiques pendant la guerre

