L’hypocrisie démasquée: Et si la France regardait dans le miroir ?

Au cœur des relations franco-algériennes, une controverse renaît périodiquement, attisée par les discours incendiaires de l’extrême droite française. Cette fois encore, Bruno Retailleau et ses acolytes n’ont pas hésité à propager des allégations infondées, accusant l’Algérie de profiter indûment d’aides françaises et de violer les accords bilatéraux. Un procédé rhétorique bien rodé, visant à détourner l’attention des faits et à désigner un bouc émissaire commode. Pourtant, une analyse objective des relations entre les deux pays révèle une réalité bien différente. Le cœur du différend réside dans le traitement asymétrique des biens immobiliers occupés par la France en Algérie. Un dossier épineux que les autorités algériennes
ont récemment remis sur la table, convoquant l’ambassadeur français pour évoquer ce sujet trop
longtemps négligé. Les chiffres sont éloquents : pas moins de 61 propriétés immobilières sont occupées par la France sur le sol algérien, moyennant des loyers dérisoires. L’ambassade de France à Alger, installée sur un vaste domaine de 14 hectares dans un quartier prestigieux de la capitale, ne paie qu’un loyer symbolique, équivalent à peine au prix d’une modeste chambre de bonne parisienne.Quant
à la résidence de l’ambassadeur, surnommée « les Oliviers » et s’étalant sur 4 hectares de terrain, elle est louée au prix d’un bail inchangé depuis 1962, soit un franc symbolique. Une générosité que la France n’a jamais eu l’obligeance d’accorder à l’Algérie sur son propre territoire. Et ce n’est là que la partie émergée de l’iceberg. De nombreux accords bilatéraux signés au fil des décennies ont permis à la France de bénéficier d’avantages considérables en Algérie, dans des domaines aussi variés que la migration, le commerce et les investissements. L’accord de 1968 sur le statut des Algériens en France, régulièrement dénoncé par Paris, a certes accordé un régime migratoire dérogatoire aux ressortissants algériens. Mais il convient de rappeler que cette main-d’œuvre algérienne a largement contribué à la reconstruction et à l’essor économique de la France dans l’après-guerre. Un apport essentiel que Paris semble bien vite oublier. De même, l’accord de 1994 régulant divers aspects de la coopération bilatérale a surtout profité aux entreprises françaises, leur offrant des conditions très favorables pour opérer en Algérie, tandis que les opportunités inverses pour les entreprises algériennes en France restaient limitées. Une fois de plus, l’avantage était unilatéral et penchait nettement en faveur de l’économie française. Face à ces faits incontestables, il est légitime de s’interroger : qui, de l’Algérie ou de la France, a véritablement profité de ces traités ?
Et lequel des deux pays n’a pas respecté les engagements signés ? Si Paris souhaite ouvrir le débat sur la réciprocité et le respect des accords, alors faisons preuve de transparence et de franchise. Il est temps de mettre fin à l’hypocrisie et aux discours fallacieux visant à manipuler l’opinion publique. Loin d’être le profiteur de cette relation, comme l’affirment certains détracteurs, l’Algérie a fait preuve d’une grande mansuétude envers son ancien colonisateur. C’est bien la France qui, depuis des décennies, a su tirer parti de chaque accord à son avantage, bénéficiant de conditions privilégiées que peu de pays auraient acceptées. Si elle souhaite aujourd’hui réclamer des comptes, elle devra d’abord rendre des comptes elle-même et reconnaître les faveurs dont elle a bénéficié. Car l’heure n’est plus à l’aveuglement volontaire, mais à la reconnaissance des réalités historiques et à l’établissement d’un partenariat équitable entre deux nations liées par leur passé commun .
Fateh H.

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