L’Algérie est en train de gagner un pari silencieux mais vital : celui de l’eau. Alors que les tensions hydriques s’exacerbent à l’échelle planétaire, le pays démontre une capacité d’innovation et d’adaptation qui force le respect.
La décision présidentielle d’installer des stations de traitement des eaux souterraines à Tindouf et Tamanrasset ne relève pas de l’anecdote technique. Elle incarne une vision stratégique pour l’avenir du Sahara et, au-delà, pour la sécurité hydrique et alimentaire de toute la nation.
Le professeur Brahim Mouhouche, sommité dans son domaine, a éclairé lors de son passage à la Chaine 3, de la Radion Nationale, un aspect méconnu mais déterminant de cette politique. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas de dessaler l’eau de mer comme on le fait sur le littoral, mais de déminéraliser des eaux souterraines dont la salinité, bien que trop élevée pour une consommation directe, resteinfiniment moindre que celle des océans.
Cette nuance technique est en réalité un avantage économique colossal : traiter une eau à 5 ou 10 grammes de sel par litre plutôt qu’à 35 ou 40 grammes, c’est diviser par quatre la facture énergétique.
C’est rendre possible, concrètement et durablement, la vie et l’agriculture au cœur du désert.
L’idée de coupler ces installations avec les énergies solaire et éolienne, abondantes sous ces latitudes, parachève cette intelligence technique. Au lieu de pomper l’eau à des centaines de kilomètres, on la traite sur place, proprement, économiquement, souverainement. C’est une révolution discrète mais profonde dans la manière d’habiter et de valoriser le territoire saharien. Car l’enjeu dépasse la simple satisfaction
des besoins domestiques.
Le Sud recèle un potentiel agricole immense, adossé à des réserves d’eau souterraines colossales – 50 000 milliards de m3, un chiffre qui donne le vertige. Mais l’agriculture, dans le même temps, est un gouffre. Produire un kilo de blé nécessite 3 000 litres d’eau, nous rappelle l’expert. La marge est étroite entre l’opportunité et la gabegie. La solution ne réside pas dans une exploitation effrénée, mais dans une gestion rationnelle, millimétrée, où chaque goutte est comptée et valorisée. Parallèlement, le nord du pays respire.
Les pluies récentes ont rempli les barrages au-delà des espérances, avec huit d’entre eux à 100% et la majorité dépassant la moitié de leur capacité. Cette embellie ne doit pas faire oublier les années de vaches maigres, mais elle offre un répit précieux pour consolider la stratégie hydraulique nationale.
L’agriculture algérienne couvre déjà 75% des besoins du pays. C’est un chiffre impressionnant, mais qui ne doit pas occulter la dépendance résiduelle, notamment pour le blé tendre. Atteindre l’autosuffisance totale est un objectif noble mais peut-être irréaliste.
En revanche, réduire chaque année un peu plus la facture des importations, c’est un chemin exigeant mais praticable. Le développement du Sud, avec ses ressources en eau et ses nouveaux partenariats agricoles, en est une composante essentielle.
A. G.
L’eau du Sud, nouvel horizon stratégique de l’Algérie

