Le général Chanegriha met en garde contre les «agendas cachés» :«L’Afrique ne sera pas un terrain de jeux pour puissances étrangères»

Le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, a présidé ce lundi, au cercle de l’Armée à Beni Messous, l’ouverture d’un colloque national consacré à «L’approche algérienne de la construction de la sécurité et de la paix en Afrique».
L’occasion pour le haut responsable militaire de livrer une analyse sans concession des menaces qui pèsent sur le continent et de poser les jalons d’une vision algérienne claire et souveraine.
Devant un parterre de hautes personnalités – dont le Premier ministre, le secrétaire général de la présidence de la République, plusieurs membres du gouvernement, des conseillers présidentiels, ainsi que les plus hauts gradés de l’armée et des experts, Chanegriha a dressé un constat alarmant.
Les défis sécuritaires en Afrique, a-t-il expliqué, ne relèvent plus uniquement de dynamiques internes. Ils sont désormais le fruit d’une imbrication d’agendas extérieurs qui ont transformé certaines crises africaines en terrains d’affrontement ouverts, servant la recomposition des équilibres de puissance et l’expansion de zones d’influence.
«Se croisent désormais des considérations de force, de ressources et de positions stratégiques, dans un conflit silencieux en apparence, mais profond dans ses enjeux et multidimensionnel dans ses outils», a martelé le général. Selon lui, les régions les plus sensibles du continent sont devenues des cibles privilégiées où les conflits internes sont exploités par des puissances extérieures.
Ces dernières, poursuit-il, tentent d’investir la fragilité structurelle des systèmes étatiques, couplée aux divisions politiques – pour réécrire les réalités locales, parfois en créant des entités parallèles, en poussant à des dérives séparatistes, ou en imposant des faits dépourvus de tout consensus national ou régional.
Face à ce diagnostic sévère, Chanegriha a dévoilé les grandes lignes de la contre-offensive diplomatique et stratégique algérienne. L’approche que l’Algérie entend promouvoir repose sur des constantes claires, en phase avec la politique africaine du président Abdelmadjid Tebboune, chef suprême des forces armées et ministre de la Défense nationale. Parmi ces principes : l’établissement de partenariats équilibrés, l’action collective africaine, le rejet des solutions extérieures imposées, la primauté du dialogue, et le respect absolu de la souveraineté des États. «L’Algérie réaffirme sans cesse la responsabilité des nations africaines à renforcer leurs propres capacités nationales et à consolider leur immunité souveraine, afin de contribuer collectivement à la construction d’un espace africain sûr et stable, fondé sur le respect mutuel, la solidarité et des relations mutuellement bénéfiques, loin de toute logique de dépendance ou d’allégeance», a insisté le chef d’état-major.
Le colloque, qui a rythmé plusieurs conférences et débats entre professeurs, cadres et spécialistes, a permis d’enrichir la réflexion collective autour de cette approche algérienne. À l’issue des travaux, des recommandations devraient émerger pour structurer une feuille de route opérationnelle.
Une chose est sûre : l’Algérie entend peser de tout son poids pour que l’Afrique cesse d’être une simple proie des rivalités globales et devienne pleinement actrice de sa propre sécurité.
Fateh H.