Il y a des histoires qui devraient traverser le monde sans entrave. Celle de Hind Rajab, cinq ans, est de celles-là. Pourtant, l’Inde a choisi de lui fermer ses écrans.
Le film La Voix de Hind Rajab, où la cinéaste Kaouther Ben Hania restitue les derniers instants de l’enfant palestinienne piégée sous les bombes à Ghaza, s’est vu interdire de diffusion au motif qu’il pourrait «nuire aux relations» entre New Delhi et l’entité israélienne.
Derrière cette décision, une vérité dérangeante : un État assume désormais ouvertement de troquer la liberté d’expression contre un alignement stratégique.
Ce n’est pas le contenu du film qui pose problème, il repose sur des enregistrements authentiques, où l’on entend l’angoisse d’une petite fille abandonnée.
Ce qui dérange, c’est ce que ce témoignage révèle. Ce qui gêne, c’est la puissance d’un récit que l’on voudrait réduire au silence.
Le paradoxe est saisissant. L’œuvre a été projetée dans de nombreux pays, y compris à l’intérieur même de l’entité israélienne, sans aucune censure officielle.
Mais en Inde, terre de cinéma et de démocratie, elle devient soudain «indésirable». Preuve que la décision relève moins d’un jugement esthétique ou moral que d’un calcul politique.
Ce bâillon intervient dans un contexte de rapprochement accéléré entre New Delhi et Tel-Aviv, notamment dans les domaines militaire et sécuritaire.
L’Inde, qui fut historiquement l’une des voix du Sud en faveur de la cause palestinienne, semble aujourd’hui prête à réviser ses engagements au nom d’une realpolitik sans état d’âme. La censure devient alors le prix à payer pour une alliance.
Heureusement, des voix s’élèvent. Le député Shashi Tharoor a qualifié cette interdiction de «honteuse», rappelant que la démocratie indienne mérite mieux que de telles compromissions. Son indignation met en lumière une fracture essentielle : entre une tradition d’ouverture et une politique étrangère qui finit par étouffer la culture.
Au-delà du cinéma, l’interdiction de La Voix de Hind Rajab interroge : jusqu’où un État est-il prêt à aller pour préserver des intérêts diplomatiques ?
La réponse est cruelle, jusqu’à faire taire le récit d’une enfant devenue le symbole des innombrables innocents broyés par la machine de guerre.
Rappelons-le : les massacres perpétrés à Ghaza depuis le 8 octobre 2023 n’ont jamais vraiment cessé.
À ce jour, ce sont plus de 72 000 morts, dont plus de 70 % de femmes et d’enfants.
Autant de voix que l’on tente d’étouffer.
Autant d’histoires que l’on voudrait invisibles. Mais celle de Hind, par sa grâce et sa douleur, a traversé les frontières. Et elle continuera de résonner, bien au-delà des censures.
Amina S.
La voix étouffée de Hind Rajab: Quand l’Inde censure un cri palestinien

