La Libye dans l’axe turc: Pragmatisme économique et recomposition des alliances

La Libye, depuis la chute de Mouammar Kadhafi, reste un État fragmenté où l’influence des puissances régionales et internationales se superpose aux divisions internes. Dans ce contexte, la stratégie de la Turquie évolue de manière significative, marquée par un pivot pragmatique vers l’Est du pays et un dialogue renforcé avec les forces du maréchal Khalifa Haftar.
Ankara, qui soutenait officiellement le Gouvernement d’union nationale de Tripoli, élargit désormais ses canaux diplomatiques et économiques. Cette réorientation s’incarne par les visites répétées à Ankara du général Saddam Haftar, fils du maréchal et figure montante de l’Armée nationale libyenne, qui contrôle la majorité du territoire et des ressources énergétiques libyennes.
Les motivations de ce rapprochement sont principalement géostratégiques et économiques. La Turquie cherche à sécuriser son accès aux ressources gazières en Méditerranée orientale, à ouvrir un corridor commercial vers l’Afrique via le port stratégique de Benghazi, et à consolider son influence régionale au-delà de son alliance traditionnelle avec le Gouvernement de Tripoli.
Cette évidence stratégique marginalise progressivement le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah et repose sur un échange d’intérêts clair : la Turquie obtient des avantages économiques et une présence durable, tandis que l’Armée nationale libyenne y trouve une source de légitimité politique et de revenus.
Ce réalignement modifie les équilibres régionaux, suscitant une attention particulière de la part de l’Algérie, et illustre une tendance plus large : les acteurs extérieurs adaptent leurs alliances en fonction des rapports de force sur le terrain, souvent au détriment d’une résolution politique inclusive et de la souveraineté libyenne .
M. M.