Justice coloniale: L’Afrique réclame réparation

Lors d’un atelier organisé en marge de la Conférence internationale sur les crimes coloniaux en Afrique, le directeur des Archives nationales, Mohamed Bounaâma, a dénoncé avec force le racisme et la ségrégiation utilisés comme outils de domination par les puissances coloniales.
«Les colonisateurs ont érigé des lois racistes pour affirmer leur supériorité et classifier les populations locales selon une hiérarchie raciale», a-t-il déclaré au Centre international des conférences d’Alger.
Bounaâma a inscrit cette politique dans une longue liste de crimes coloniaux, englobant génocides, politique de la terre brûlée, essais nucléaires, torture, pillage économique, déplacements forcés et destruction culturelle. «C’est un crime parmi tant d’autres», a-t-il martelé, rappelant l’ampleur des séquelles encore visibles.
L’historien français Vincent Duclert a renchéri en condamnant les politiques de division raciale mises en place par les colonisateurs, dont les conséquences ont perduré bien après les indépendances. Il a cité en exemple le génocide des Tutsi au Rwanda, impliquant selon lui «la Belgique, mais aussi la France».
L’historien sénégalais Idrissa Ba a, quant à lui, rappelé l’horreur de la traite transatlantique : «Pour chaque esclave africain arrivé vivant en Amérique, six sont morts durant la captivité ou la traversée.» Un rappel glaçant de l’une des pages les plus sombres de l’histoire coloniale. Face à ce passé, la question des réparations s’impose avec urgence.
Eric Phillips, représentant de la communauté caribéenne (Caliom), a insisté sur la nécessité d’actions concrètes. «Nous devons passer de l’état de victimes à celui d’architectes de la justice», a-t-il affirmé, appelant à une véritable transformation des rapports entre anciens colonisateurs et colonisés.
Le ministre angolais des Affaires étrangères, Antonio Téte, dont le pays assure actuellement la présidence de l’Union africaine, a plaidé pour une approche commune et structurée des pays africains.
«Nous devons créer une plateforme unifiée pour exiger des réparations et corriger les injustices historiques», a-t-il déclaré. Parmi les mesures proposées : l’harmonisation des programmes scolaires, la célébration de la diversité culturelle, le renforcement des politiques de développement et des liens avec les diasporas. «L’objectif n’est pas seulement de récupérer ce qui a été perdu, mais de construire un avenir commun», a souligné Téte.
Le ministre a également insisté sur l’importance d’élargir la coalition, notamment en impliquant les pays des Caraïbes, déjà engagés «pleinement» dans cette démarche.
Il a aussi proposé la création d’un Fonds mondial pour la réparation des injustices coloniales, une initiative destinée à matérialiser la reconnaissance des préjudices subis.
En conclusion, Antonio Téte s’est félicité de l’unanimité africaine sur ces questions, y voyant une force pour «en finir avec l’héritage du colonialisme». La conférence d’Alger apparaît ainsi comme une étape décisive dans la quête d’une justice historique et d’une mémoire partagée.
Malik M.