Koudir Bentchikou offre une partie de son trésorà Constantine et Bou Saâda: Des œuvres rares de Dinet rejoignent les musées algériens

C’est un geste d’une rare générosité qui vient enrichir la mémoire culturelle de l’Algérie. M. Koudir Bentchikou, expert international de l’œuvre d’Alphonse Étienne Dinet et auteur de son catalogue raisonné, a fait don de pièces majeures aux musées de Constantine et de Bou Saâda.
Un acte noble qui, pour rayonner pleinement, appelle une refonte de la gestion du musée Dinet, réclamée par les habitants et les passionnés de la région.
Résidant à Paris, M. Bentchikou, âgé de 95 ans, a consacré sa vie à l’œuvre d’Étienne Dinet, ce peintre français converti à l’islam devenu Nasreddine, qui a tant aimé l’Algérie et ses paysages. Sa donation, répartie entre deux institutions, est un trésor. Au Musée national Cirta de Constantine, ce sont des tableaux d’artistes européens ayant séjourné dans cette ville millénaire.
Au Musée national Étienne-Nasreddine-Dinet de Bou Saâda, le don comprend un autoportrait de jeunesse de l’artiste intitulé «Autoportrait dans son atelier», des livres rares écrits et illustrés par lui, des études préparatoires et une correspondance précieuse.
Grâce à l’engagement déterminant de Mme Ferhati Barkhoum, à l’appui de l’ambassade d’Algérie à Paris, du Centre culturel algérien et du ministère de la Culture, ce don a pu aboutir. Comme le souligne un proche du dossier, un musée peut mourir si l’on n’agit pas vite, car ce lieu est notre mémoire et nos repères historiques. Pourtant, les habitants de Bou Saâda, fiers de leur patrimoine, ne cachent pas une certaine impatience. Si le don de M. Bentchikou est une manne inestimable, le cadre qui l’accueille doit être à la hauteur de ce trésor.
Dans un appel respectueux mais ferme relayé par la société civile locale, ils expriment plusieurs attentes
légitimes pour que le musée Dinet devienne un véritable fleuron du tourisme culturel.
Ils réclament d’abord des guides formés et polyglottes, car comment accueillir les visiteurs du monde entier sans personnel parlant au moins deux langues ?
Ils souhaitent également une tenue professionnelle, le personnel devant arborer une apparence digne des grands musées.
Ils demandent surtout une direction compétente, car à ce jour aucun directeur aux compétences reconnues en gestion muséale et touristique n’a été nommé.
Enfin, ils appellent à une restauration de l’aura du lieu, le musée souffrant d’un certain abandon indigne de l’héritage de Dinet et de l’histoire de la ville.
«Jusqu’à quand, nous, habitants de Bou Saâda, supporterons-nous cette gestion ?» s’interrogent-ils, avant d’en appeler au ministère de la Culture et au ministère du Tourisme pour une intervention rapide.
Loin d’un simple constat négatif, cette démarche est une main tendue. Les Boussadis veulent que leur musée retrouve sa fierté et son attractivité. Ils demandent la nomination d’un directeur expérimenté, à la fois en culture et en tourisme, capable de restructurer l’établissement et d’en faire un site d’excellence aux normes internationales. Avec le don exceptionnel de M. Bentchikou, l’heure est à un nouvel élan.
La générosité d’un mécène mérite une gestion à la hauteur de sa vision.
Le patrimoine algérien, entre Constantine et Bou Saâda, peut alors rayonner sans limite, au bénéfice des chercheurs, des amateurs d’art, des touristes et des générations futures.
Amina S.