IA: L’Algérie veut son propre modèle

Invité sur les ondes de la Radio Chaîne 3, le Pr Abdelmalik Bachir n’a pas mâché ses mots.
Pour lui, l’intelligence artificielle est bien plus qu’une simple avancée technologique : c’est un « couteau suisse aux mille fonctions », un levier de développement capable de propulser les nations vers l’avenir… à condition de ne pas en perdre le contrôle.
Car l’IA a aussi sa face sombre. Le directeur de l’ENSIA la qualifie sans détour d' »arme à double tranchant ». Utilisée sans précaution, elle peut véhiculer des biais, imposer des visions étrangères et fragiliser la souveraineté culturelle des pays qui se contentent d’importer des modèles clés en main. Le Pr Bachir met en garde contre une illusion trop répandue : celle de la neutralité absolue des algorithmes.
« Les modèles existants fournissent des réponses relativement fiables dans les domaines factuels, scientifiques ou technologiques, où les données sont objectives », explique-t-il.
Mais le piège se referme dès qu’on aborde les terrains glissants de l’opinion, de la culture ou des valeurs. Là, les systèmes d’IA répondent en fonction des données sur lesquelles ils ont été entraînés. Autrement dit, ils véhiculent implicitement les biais, les sensibilités et parfois les préjugés des sociétés qui les ont conçus. Un danger majeur pour des pays comme l’Algérie, attachés à leur identité et à leurs repères culturels.
Face à ce constat, la stratégie algérienne se dessine avec netteté. L’objectif affirmé est de développer un modèle national d’intelligence artificielle qui soit à la fois performant et fidèle aux spécificités du pays.
« C’est un modèle respectueux de nos valeurs et de nos traditions, et fondé sur nos propres données », insiste le Pr Bachir. Cette ambition s’inscrit dans la continuité du lancement du dispositif national de gouvernance des données. Une initiative saluée par le Premier ministre lui-même, qui avait déclaré que « l’intégration de l’intelligence artificielle dans ce cadre national permettra à l’Algérie de développer ses propres modèles intelligents ».
Pour transformer cette vision en réalité, l’Algérie mise sur la formation. L’ENSIA, créée pour répondre à ce défi, déploie des programmes de haut niveau, diversifiés, et offre à ses étudiants des opportunités de
perfectionnement à l’étranger.
Mais l’enjeu ne se limite pas à former des experts. Il s’agit aussi de les retenir. Le spectre de la fuite des cerveaux, fléau qui touche tant de pays en développement, hante les esprits.
« Les talents sont naturellement attirés par l’excellence et les environnements qui leur offrent des perspectives d’évolution », rappelle le Pr Bachir. L’école ne se contente donc pas de délivrer des diplômes. Elle s’investit activement dans la création d’un environnement favorable à l’emploi et à l’investissement.
Une récente journée portes ouvertes a ainsi réuni plus de 150 entreprises de tous les secteurs, venues rencontrer les étudiants et s’engager à leur proposer des postes. « Nous devons renforcer les efforts pour bâtir un écosystème économique fondé sur l’innovation », insiste le directeur de l’ENSIA.
Razyka.T.