Sous le vernis d’une initiative de paix pour Ghaza, un projet orchestré par l’administration de Donald Trump révèle une stratégie géopolitique qui pourrait redéfinir durablement le conflit israélo-palestinien, au détriment de ce dernier. Loin d’être une feuille de route vers une paix juste, le plan proposé s’apparente à une manœuvre visant à légitimer une nouvelle forme d’occupation et à accélérer la normalisation des relations entre Israël et le monde arabe, en instrumentalisant les Nations Unies. Au cœur du projet se trouve la création d’une «Force Internationale de Stabilisation» (FIS) pour la bande de Ghaza, qui serait entérinée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Sur le papier, ses objectifs sont louables : protéger les populations civiles, sécuriser les frontières et former une nouvelle force de police palestinienne. Cependant, la composition et le mandat de cette force soulèvent de profondes inquiétudes.
Le plan envisage le déploiement de 20 000 soldats, majoritairement issus de pays arabes et musulmans. Mais le détail le plus controversé est l’intégration de l’armée israélienne au sein même de ce contingent de maintien de la paix. En parallèle, le Hamas et tous les autres groupes armés palestiniens seraient complètement désarmés. Cette configuration créerait une situation sans précédent où l’une des parties au conflit deviendrait un acteur officiel de la «stabilisation», tandis que l’autre serait neutralisée militairement.
Supervisée par des figures comme Donald Trump et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, cette force aurait un mandat très large, l’autorisant à «utiliser toutes les mesures nécessaires», ce que beaucoup interprètent comme une carte blanche pour une occupation sous couvert de légalité internationale.
Pour faire accepter ce plan, Washington a eu recours à une forme de chantage diplomatique. Les capitales arabes ont été confrontées à un choix brutal : soutenir la résolution américaine ou faire face à la perspective d’une reprise de la guerre menée par l’aile la plus extrémiste du gouvernement israélien, incarnée par des figures comme Bezalel Smotrich.
La menace était claire : endossez notre vision politique ou assumez les conséquences d’une nouvelle vague de violence dévastatrice. Sous cette pression, quatorze États arabes ont finalement approuvé le texte au Conseil de sécurité. Toutefois, cette victoire diplomatique américaine s’est rapidement heurtée au mur des réalités. Malgré leur vote favorable, aucun de ces pays n’a accepté de fournir des troupes pour la Force Internationale de Stabilisation. Le Caire, Riyad et Abou Dhabi refusent d’envoyer leurs soldats dans ce qui est perçu comme un guet-apens, où ils seraient pris en tenaille entre la résistance palestinienne et une armée israélienne intégrée à la mission. Ces capitales, bien que soumises à la pression américaine, ne sont pas prêtes à payer le prix politique et humain d’une mission qui servirait de paravent à la domination israélienne. Ce projet pour Ghaza ne doit pas être analysé isolément. Il s’inscrit dans une stratégie américaine plus vaste visant à remodeler le Moyen-Orient autour de la normalisation avec Israël, incarnée par les Accords d’Abraham. L’annonce récente de l’adhésion du Kazakhstan à ces accords, accompagnée de promesses d’autres ralliements, confirme que l’objectif est de contourner la question palestinienne pour intégrer pleinement Israël dans la région.
Dans cette optique, l’ONU n’est plus un médiateur neutre, mais un instrument utilisé pour conférer une légitimité internationale à un agenda politique américain. Le plan, surnommé «plan en 20 points», prétend vouloir «reconstruire» et «démilitariser» Ghaza, mais il vise en réalité à y instaurer un nouvel ordre : un appareil administratif palestinien privé de toute souveraineté, placé sous une tutelle internationale où la voix de la population locale serait inaudible. En définitive, le plan Trump pour Ghaza apparaît moins comme une solution que comme l’imposition d’un ultimatum. Il perpétue un schéma tragique où les États-Unis proposent des solutions politiques qui sécurisent les intérêts israéliens, tandis que les pays arabes sont sommés de financer la reconstruction sans obtenir de garanties politiques pour les Palestiniens. Si les chancelleries ont pu céder sous la contrainte, les peuples de la région ne semblent pas dupes. Des rues du Caire à celles d’Amman, le message reste constant : il ne peut y avoir de reconstruction durable sous occupation, ni de paix véritable sans justice pour le peuple palestinien. Toute tentative d’imposer une solution qui ignore les droits fondamentaux et la souveraineté palestinienne est vouée à l’échec et ne fera que semer les graines de futurs conflits .
Sabrina G.
Ghaza: Le piège de la paix américaine

