Vingt-deux morts en quarante-huit heures. Dix-sept corps extraits des décombres, cinq autres fauchés par des frappes ciblées. Ce bilan, livré par le ministère de la Santé de Ghaza, suffit à lui seul à démontrer l’illusion d’un cessez-le-feu qui, depuis le 10 octobre 2025, n’a suspendu ni la violence ni la terreur. La guerre, elle, n’a jamais vraiment cessé.
Depuis cette date, 226 Palestiniens ont perdu la vie et près de 600 ont été blessés. Ces chiffres, validés par les Nations unies, confirment que la trêve n’est qu’un mot creux, une pause tactique dans une guerre asymétrique qui se poursuit sous d’autres formes.
Ghaza, un an après le début de l’offensive israélienne du 7 octobre 2023, reste un champ de ruines, un territoire assiégé, un peuple pris au piège d’une tragédie humanitaire d’une ampleur historique. Les bombardements autour de Khan Younès, au sud de la bande de Ghaza, illustrent cette continuité meurtrière. Le 19 octobre, 45 morts.
Le 28, 104 autres. À chaque fois, la même justification : des représailles à des tirs ayant tué des soldats israéliens. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus brutale : un déséquilibre total des forces, une logique de punition collective, et une impunité qui semble institutionnalisée. L’épisode des corps remis par les Brigades Ezzedine Al-Qassam à l’armée israélienne en dit long sur la tension ambiante. L’armée a refusé les échantillons d’ADN, exigeant les corps entiers. Ce qui pourrait sembler un détail administratif révèle en réalité une méfiance profonde, une volonté de contrôle absolu, et la fragilité d’un cessez-le-feu suspendu à chaque incident.
Silence occidental et diplomatie à géométrie variable
Pendant ce temps, les familles d’otages israéliens s’impatientent, le gouvernement Netanyahu instrumentalise chaque événement, et le Hamas, malgré le siège, continue de poser ses conditions. La résistance, dans ce contexte, n’est pas une
posture : elle est une réponse à l’enfermement, à la faim, à l’humiliation quotidienne.
Face à cette situation, la France reste muette. L’exécutif, englué dans ses propres crises politiques et identitaires, s’en tient à une ligne dite «équilibrée» qui masque mal une complaisance envers Tel-Aviv.
Paris refuse toujours de reconnaître l’État de Palestine, s’aligne sur Washington, et se réfugie derrière des formules diplomatiques devenues vides de sens : «désescalade», «solution à deux États», «dialogue». L’Europe, elle, se contente d’exprimer sa «préoccupation», un mot qui, à Ghaza, ne sauve aucune vie. Le Conseil de sécurité, paralysé par le veto américain, assiste impuissant à son propre effacement.
L’ONU, censée incarner le droit international, devient spectatrice d’un massacre à huis clos. Le drame palestinien n’est plus seulement une crise humanitaire : il est devenu le test moral de la communauté internationale.
À quoi sert un Conseil de sécurité qui protège les bourreaux et réduit les victimes au silence ? Que vaut une diplomatie qui condamne les violences sans jamais en nommer les auteurs ? Ghaza pose ces questions avec une acuité brûlante. Ghaza n’est pas seulement un territoire martyrisé. C’est un miroir tendu au monde. Il reflète les fractures géopolitiques, les hypocrisies diplomatiques, les complicités silencieuses. Il rappelle que le droit à la vie, à la dignité, à la souveraineté, ne peut être conditionné par les intérêts stratégiques des puissants. Tant que les bombes continueront de tomber malgré les trêves, tant que les enfants mourront sous les décombres pendant que les chancelleries appellent au calme, Ghaza restera le nom d’une injustice universelle. Et tant que cette injustice perdurera, aucune paix ne pourra être durable, ni dans la région, ni dans les consciences .
Malik M.

