Gaza : Quand l’économie se fait complice du génocide

L’adage dit vrai : l’occasion fait le larron. Et dans l’ombre des guerres, surgissent toujours des vautours. Ceux qui, sans scrupule ni conscience, tirent profit de la douleur des peuples. À Gaza, alors que le massacre se poursuit dans l’indifférence des puissants, certains acteurs économiques prospèrent sur les ruines d’un peuple écrasé.Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation dans les territoires palestiniens occupés, a une nouvelle fois dénoncé, jeudi 3 juillet à Genève, ce qu’elle nomme un « système ». Non pas une simple liste d’entreprises complices, mais un engrenage global où se mêlent industries militaires, banques, multinationales de la grande distribution, start-up technologiques et compagnies d’assurance. Un système bien huilé qui participe, directement ou indirectement, à la destruction du peuple palestinien.
« Si la Palestine était une scène de crime, elle porterait nos empreintes à nous tous », a-t-elle affirmé devant le Conseil des droits de l’homme.
De nos choix de consommation à nos investissements bancaires, en passant par les produits que nous mettons dans nos paniers ou les services que nous utilisons, chacun de nous, volontairement ou non, pourrait être impliqué.Le rapport qu’elle vient de publier – sobrement intitulé De l’économie coloniale à l’économie du génocide – dénonce les mécanismes économiques qui soutiennent l’entreprise coloniale israélienne. Il met en lumière des dizaines de sociétés issues des secteurs de la défense, de l’énergie, de la finance, du tourisme, ou encore de l’agriculture. Toutes ont un point commun : leur implication dans le déplacement forcé et le remplacement de la population palestinienne, ou leur contribution à cette stratégie à travers leurs activités commerciales.
Parmi les entreprises citées, certaines sont bien connues du grand public : BNP Paribas, Carrefour, McDonald’s, Starbucks… D’autres restent dans l’ombre. Mais toutes participent, à divers degrés, à une économie qui alimente l’occupation, l’apartheid, et désormais le soupçon de génocide.Ce nouveau rapport fait écho à celui qu’Albanese avait publié en octobre 2024, dans lequel elle dénonçait l’intention génocidaire manifeste de l’armée israélienne. Un rapport salué pour son courage, mais qui lui avait valu une campagne de dénigrement féroce orchestrée par les lobbys pro-israéliens.Aujourd’hui, elle appelle la communauté internationale à cesser toute relation commerciale ou financière avec les entités impliquées dans les violations des droits des Palestiniens. Elle exhorte à imposer un embargo total sur les armes à destination d’Israël et à sanctionner les acteurs économiques complices.
Car face à l’apocalypse humanitaire que connaît Gaza – avec plus de 57 000 morts et près de 136 000 blessés, dont la majorité sont des femmes et des enfants – il ne reste plus d’autre voie que celle de l’action citoyenne. Le boycott, pacifique mais redoutablement efficace, a déjà porté ses fruits. Certaines entreprises ont vu leur image écornée, d’autres ont été contraintes de fermer des filiales. Le pouvoir de l’argent peut aussi être celui de la résistance.Dans un monde où la morale vacille, où l’impunité règne, agir sur le levier économique est le minimum que nous puissions faire pour ceux qui, à Gaza, paient chaque jour le prix du silence et de l’inaction .
Farid B.