Du 23 au 27 décembre, l’«Oasis rouge» de Timimoun se parera de ses plus beaux atours pour célébrer la 17e édition du Festival national d’Ahellil. Placée sous le thème évocateur de la «Détente des âmes», cette manifestation rend un hommage posthume à l’une de ses figures tutélaires, le regretté Mohamed Kada, affectueusement connu sous le nom de «Baba Hey».
Plus d’une vingtaine de troupes artistiques, venues des wilayas de Béjaïa, Adrar, In Salah, El-Meniaa et Béchar, animeront la scène.
Le public pourra y découvrir la richesse des expressions patrimoniales du Sud, allant de l’Ahellil au Karkabou, du Baroud à la Hadra, dans une symphonie de couleurs et de rythmes.
Un festival entre célébration et transmission
Au-delà des festivités prévues au théâtre de plein air, le programme de cette édition accorde une place essentielle à la valorisation et à la compréhension de l’Ahellil.
Ce chant poétique, décliné dans la variante amazighe zénète et classé au patrimoine immatériel universel de l’UNESCO, trouve traditionnellement sa place lors des rassemblements religieux et sociaux. Des conférences se tiendront ainsi à la bibliothèque principale de lecture publique de Timimoun, afin d’en explorer les racines et les significations.
Le festival sera également ponctué de concours récompensant les virtuoses des instruments emblématiques que sont la Tamdja et le Bengueri, dont les notes soutiennent la déclamation des poèmes zénètes et les danses ancestrales des troupes locales.
L’Ahellil, colonne vertébrale de la vie communautaire
L’Ahellil constitue bien plus qu’un simple spectacle ; il est le ciment social et mémoriel des communautés qui le perpétuent.
Transmis oralement de génération en génération, il a traversé les siècles grâce à la pratique assidue des habitants eux-mêmes. Comme le rappelle Ahmed Djouli, ancien commissaire du festival, cet art poétique et musical, dont certaines sources font remonter l’existence à la période pré-islamique, a évolué au fil du temps, s’adaptant aux contextes spirituels et sociaux. Il rythme les grands moments de la vie collective : les mariages, les circoncisions et les fêtes.
Il possède même une dimension cathartique, avec des chants spécifiques comme le «Tefqirine», interprétés par les femmes en période de deuil pour apaiser la douleur des familles et transmettre, avec délicatesse, les enseignements liés aux rites funéraires.
Une mobilisation vitale pour la sauvegarde d’un héritage fragile
Le festival joue un rôle décisif dans la préservation active de ce patrimoine vivant. D’une modeste participation de six associations à ses débuts en 2007, l’événement en rassemble aujourd’hui plus d’une vingtaine, spécialement dédiées à la sauvegarde de l’Ahellil. Certaines ont même constitué des troupes d’enfants, garçons et filles, garantissant ainsi la relève et la transmission de ce savoir ancestral aux jeunes générations. Cette mobilisation est salutaire. L’écrivain Mouloud Mammeri alertait déjà dans les années 1970 sur la disparition progressive de près d’un tiers du répertoire, faute d’attention. Sans l’engagement des communautés et des associations, soutenu par des manifestations culturelles comme ce festival, ce trésor immatériel risquerait de tomber dans l’oubli. La 17e édition du Festival national d’Ahellil se présente ainsi comme une célébration joyeuse, mais aussi comme un acte de résistance culturelle. Elle affirme la vitalité d’une tradition qui continue de lier les âmes, de consoler les cœurs et de raconter, en vers et en musique, l’histoire profonde d’un peuple et de sa terre.
Amina S.

