Sang : l’ANS mise sur le numérique pour voir enfin son stock en temps réel

Combien de concentrés de globules rouges O négatif l’Algérie possède-t-elle à un instant
donné ? La question paraît simple, mais la réponse exige encore un recueil auprès de chaque structure et ne peut guère arriver avant 48 heures. C’est le constat sans détour dressé par le Pr Issam Frigaa, chef du service d’hémobiologie et de transfusion sanguine au CHU Mustapha-Pacha et directeur général de l’Agence nationale du sang (ANS), invité de la Chaîne 3 de la Radio algérienne à l’occasion de la Journée nationale des donneurs de sang. Avec 277 structures réparties sur le territoire, l’inventaire en direct des stocks reste hors de portée. C’est précisément ce que le nouveau patron de l’agence veut changer.
Il dit avoir reçu des instructions «claires et fermes» du ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, pour accélérer la mise en place d’un système numérique capable de soutenir les 21 missions confiées à l’ANS par le décret de 2009.

Pour y parvenir, il compte s’appuyer sur l’expérience acquise lors de la numérisation de son propre service à Mustapha-Pacha, qu’il entend transposer à l’échelle nationale. Il insiste cependant sur la méthode, car les outils ne suffisent pas. Il faut une stratégie, savoir conduire le changement pour limiter les résistances et mettre à disposition les bons instruments numériques. L’enjeu dépasse la seule gestion des poches. Un système fiable donnerait accès, en temps réel, à des indicateurs aujourd’hui difficiles à suivre, comme le taux de satisfaction, le recrutement des donneurs, leur régularité ou encore la part des femmes parmi eux.
Les premiers jalons ont déjà été posés. Arrivé à la tête de l’agence le 11 octobre, le Pr Frigaa a commencé par adopter deux identifiants nationaux, l’un pour les dons, l’autre pour les donneurs.

Le premier est unique, ne peut être réutilisé et s’incrémente par centre collecteur, ce qui permettra d’analyser l’activité de chaque centre et de suivre à la trace les produits sanguins labiles. Le second servira de socle au fichier national des donneurs de sang, l’une des missions confiées à l’agence. Le chantier part d’une base déjà solide. En 2025, l’Algérie a enregistré plus de 741 000 dons, collectés dans 270 banques de sang et structures. Reste à donner à ce réseau les moyens de se voir lui-même, pour que chaque don puisse être retrouvé, compté et mis à disposition au moment où un patient en a besoin.

A. G.