Rien ne semble arrêter Donald Trump. Après s’être moqué du président français et de son épouse Brigitte, le locataire de la Maison-Blanche a trouvé une nouvelle cible : le chanteur américain Bruce Springsteen.
Sur son réseau social «Truth Social», Trump a déchaîné sa verve : «Ce chanteur mauvais et extrêmement ennuyeux, Bruce Springsteen, qui ressemble à une prune séchée ayant subi une très mauvaise chirurgie esthétique, souffre d’une incurable “maladie de l’obsession de Trump”». La raison de cette attaque ? Springsteen avait ouvert sa tournée à Minneapolis par une charge virulente contre les politiques trumpiennes.
Mais derrière ces outrances verbales, c’est un tout autre brasier qui couve. Le mois de mars 2026 restera gravé dans les mémoires comme un tournant historique pour les marchés de l’énergie.
En l’espace de quatre semaines, le prix du baril de Brent a bondi de 63%, sa plus forte hausse mensuelle depuis 1988, selon CNBC. La cause : une guerre ouverte dans la région du détroit d’Ormuz, par où transitent chaque jour entre 15 et 20 millions de barils de pétrole. Ce conflit a transformé ce passage stratégique en un cauchemar logistique, redessinant les équilibres mondiaux.
Pourtant, début avril 2026, les prix ont amorcé une baisse : le Brent est redescendu autour de 101,35 dollars, et le West Texas Intermediate à 98,69 dollars, portés par des déclarations américano-iraniennes laissant espérer une solution diplomatique. Mais cette accalmie est fragile.
Géopolitique du pétrole : l’Iran joue la carte de l’instabilité maîtrisée
L’Iran a dépassé le cadre classique de la «théorie du choc de l’offr » théorisée par Michael Boskin. Téhéran n’utilise plus le pétrole comme une simple arme économique à la manière des chocs pétroliers de 1973. Désormais, le régime des ayatollahs a transformé le détroit d’Ormuz en un théâtre de guerre asymétrique : menaces permanentes, attaques limitées contre des pétroliers, et maintien d’un «désordre contrôlé».
Les récentes déclarations du président iranien Massoud Pezeshkian, conditionnant la fin de la guerre à la reconnaissance de la souveraineté iranienne sur le détroit, illustrent une stratégie de «marchandage dur». L’Iran, partie la plus faible sur le papier, utilise son atout majeur pour obtenir un statut de puissance régionale incontournable.
Les États-Unis, eux, oscillent entre menaces et apaisement. Trump a déclaré que son pays «ne resterait pas là plus longtemps», qualifiant la campagne contre l’Iran d’«anéantissement total».
Simultanément, il a promis de détruire les centrales électriques, les installations pétrolières et même les usines de dessalement iraniennes si le détroit n’est pas rouvert.
Cette ambivalence relève d’une stratégie de «dissuasion par l’ambiguïté», maintenant l’adversaire dans l’expectative. Sur le terrain, la guerre multiforme fait rage : attaque du pétrolier Al Salmi dans le port de Dubaï, frappes de drones contre des navires au large de l’Irak, et frappes israéliennes visant Téhéran et le port de Bahman sur l’île de Qeshm. L’Iran évite soigneusement une guerre totale, mais entretient un niveau d’escalade suffisant pour maintenir les prix du pétrole entre 100 et 120 dollars, et préserver une prime de risque géopolitique élevée.
Les experts de Société Générale prévoient que le Brent pourrait atteindre 125 dollars en avril, voire 150 dollars en cas de nouvelle détérioration. Goldman Sachs et l’OPEP alertent sur une volatilité persistante au deuxième trimestre. Parallèlement, les prix du gaz restent stables à 2,83 dollars par million d’unités thermiques, mais cette accalmie pourrait être temporaire, la fermeture d’Ormuz affectant aussi les cargaisons de GNL.
Poutine et Erdogan appellent à la paix
Dans ce chaos, une voix commune s’est élevée vendredi dernier. Les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan, lors d’un entretien téléphonique, ont lancé un appel conjoint en faveur d’un cessez-le-feu immédiat au Moyen-Orient.
Selon un communiqué du Kremlin, les deux dirigeants ont souligné que l’intensification des combats a des conséquences graves non seulement régionales, mais aussi mondiales, en particulier sur l’énergie, le commerce et la logistique. Moscou et Ankara partagent la conviction qu’il est urgent d’élaborer des accords de paix respectant les intérêts légitimes de tous les États de la région.
Malik M.

