Finance islamique : le PLF 2027 efface un handicap fiscal et rebat les cartes face au crédit classique

C’est un secteur que l’on disait encore marginal il y a quelques années et qui pèse désormais entre 6 et 7% du marché bancaire algérien. Selon Sofiane Mazari, expert et membre de la commission de la finance islamique de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers, cette activité croît de plus de 20% par an, soit plus vite que la banque traditionnelle. Il juge même que la barre des 8% pourrait être franchie sous peu. Une treizaine d’établissements proposent aujourd’hui des produits conformes à la charia, soit à travers des banques entièrement islamiques, soit via des guichets dédiés au sein de banques classiques.

Reste un point qui freinait encore les clients, celui de la fiscalité. Dans le cas d’une mourabaha, la banque acquiert d’abord le bien avant de le céder à son client, ce qui pouvait déclencher deux taxations successives, notamment pour un logement. Les spécialistes parlent de «double effet fiscal».
Le projet de loi de finances 2027 entend corriger cette anomalie en alignant le traitement des deux filières et en exonérant du droit de mutation les transferts de propriété réalisés en mourabaha ou en ijara.
Pour Sofiane Mazari, c’est le dernier obstacle à une concurrence loyale avec le crédit conventionnel, puisque le client pourra désormais choisir selon ses convictions ou sa situation, sans être pénalisé par la forme du contrat.

Le calendrier est serré. Les députés doivent se prononcer le 16 novembre, avant l’examen du texte par le Conseil de la nation. Si le Parlement l’adopte, la mesure s’appliquera dès le 1er janvier 2027. Sur le fond, les deux logiques diffèrent nettement. Avec la mourabaha, le prix du financement et le montant des échéances sont arrêtés dès la signature, de sorte que le client sait exactement ce qu’il devra rembourser, sans majoration si la durée s’allonge selon le contrat. Le crédit classique repose au contraire sur un taux d’intérêt indexé sur la durée, et plus le remboursement s’étire, plus la facture grimpe.

Ce mécanisme ne se limite pas à l’immobilier, puisqu’il sert aussi à acheter un véhicule neuf, la BNA proposant par exemple de financer jusqu’à 90% du prix, chaque banque restant libre de ses conditions.
L’offre s’est d’ailleurs considérablement élargie. Comptes d’épargne, financements variés, nouvelles
formules lancées au fil des mois, et même cartes internationales Visa adossées à un compte islamique,
délivrées en un délai de 48 heures à 17 jours selon les établissements. Côté clientèle, ce sont surtout les particuliers, les professionnels et les petites et moyennes entreprises qui y recourent, et qui totalisent le plus grand nombre d’opérations, tandis que les grandes entreprises, moins nombreuses, concentrent les montants les plus élevés.

Tous les produits doivent recevoir l’aval de l’Autorité nationale de la fatwa pour l’industrie financière islamique, qui vérifie leur conformité, que ce soit pour une banque islamique ou pour un guichet de banque classique. Sofiane Mazari ne prévoit toutefois pas de bouleversement radical. Il ne croit pas que la finance islamique supplantera la banque classique et évoque l’exemple de la Malaisie, où les deux systèmes cohabitent depuis des décennies. Il relève même que, dans certaines banques islamiques du pays, environ un client sur cinq n’est pas musulman.

Anais G.