La Banque d’Algérie a récemment demandé aux banques et établissements financiers de faciliter et d’élargir l’accès au crédit à la consommation, une mesure censée dynamiser le pouvoir d’achat des ménages et, par ricochet, soutenir la croissance économique.
Pour de nombreuses familles algériennes, ce type de financement demeure en effet un recours
précieux : il permet de couvrir une dépense urgente, remplacement d’un équipement, achat d’un véhicule pour se rendre au travail, travaux imprévus sans devoir puiser dans l’épargne ni attendre d’avoir réuni la somme nécessaire, moyennant des mensualités étalées dans le temps.
La loi encadre d’ailleurs strictement ce mécanisme, en plafonnant les remboursements mensuels à 30% des revenus nets de l’emprunteur. Mais cette facilité comporte aussi ses risques, comme le rappelle Zaki Haziri, président de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC).
Selon lui, le crédit à la consommation devrait rester une solution ponctuelle, mobilisée en cas de besoin réel, et non un réflexe de consommation banalisé. Il pointe du doigt l’influence grandissante du modèle occidental sur les habitudes des ménages algériens en particulier chez les jeunes couples qui recourent de plus en plus au crédit pour financer de l’électroménager, du mobilier non essentiel, voire des voyages à l’étranger. Une tendance qu’il juge préjudiciable au pouvoir d’achat global des familles.
Le président de la FAC opère toutefois une distinction nette : lorsqu’il s’agit de financer un premier logement ou un véhicule réellement indispensable au quotidien, le recours au crédit lui semble pleinement légitime
Encadrer plutôt que freiner
C’est dans cet esprit que la Fédération plaide pour un taux d’intérêt tendant vers zéro sur ce type de crédits, afin d’aider les jeunes familles à mieux équilibrer leur budget sans basculer dans le surendettement.
Haziri appelle également la Banque d’Algérie à exiger des banques primaires un meilleur accompagnement des clients, avec une évaluation rigoureuse de leur capacité de remboursement avant tout octroi de crédit seule façon, selon lui, d’éviter le surendettement et la faillite des ménages.
Cette exigence de prudence tranche avec la logique d’assouplissement portée par la Banque d’Algérie, qui mise sur la relance de la demande intérieure pour soutenir la production nationale.
L’équation reste délicate : l’intention est louable, mais elle suppose un accompagnement solide des banques pour conseiller efficacement les emprunteurs.
Le crédit à la consommation peut rester un véritable levier pour les ménages, à condition que son usage et son encadrement préservent l’équilibre entre accès au financement et protection des emprunteurs.
Anais G.
