L’expert en agriculture et ancien cadre au ministère de l’Agriculture, Mustapha Benaoui, est revenu ce mercredi sur l’opération d’importation des moutons en prévision de l’Aïd al-Adha, un
dispositif qui a officiellement débuté avec l’arrivée, jeudi dernier, de la première cargaison au port d’Alger.
Selon lui, les autorités comptent accélérer le rythme dès la semaine prochaine pour mener à bien cette
initiative pilotée par le ministère de l’Agriculture, dont l’objectif est d’approvisionner le marché national et d’atténuer la pression sur un cheptel local en nette diminution.
Invité de l’émission «L’invité du jour» de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Mustapha Benaoui a d’emblée rappelé que les importations proviennent de plusieurs pays, notamment l’Espagne, la Roumanie, le Brésil et l’Uruguay, avec la mobilisation de quatre opérateurs internationaux.
L’opération s’étalera sur une période d’environ soixante jours, avec un objectif affiché de distribution d’un million de têtes à travers l’ensemble du territoire national.
«Nous sommes face à une période de deux mois pour livrer un million de têtes, ce qui n’est pas une chose aisée», a-t-il déclaré, insistant sur la multiplicité des étapes, allant de l’arrivée des animaux à leur mise en quarantaine, puis à leur distribution via des points de vente dédiés.
Cinq ports sont concernés par la réception des cargaisons, à savoir Oran, Mostaganem, Ténès, Alger et Annaba. Après leur arrivée, les moutons seront soumis à une quarantaine sanitaire d’une durée variant entre vingt jours et un mois, incluant des opérations de dépistage avant leur mise sur le marché. Une mesure cruciale pour garantir la santé animale et la sécurité des consommateurs.
Le défi de la prise en charge du cheptel
L’un des principaux défis reste la prise en charge du cheptel durant cette période. L’expert a souligné que l’alimentation, l’abreuvement et la couverture sanitaire sont des éléments essentiels à la réussite de l’opération. Il a estimé qu’un mouton nécessite en moyenne entre 600 et 700 grammes d’aliments par jour, soit un besoin global d’environ 30 000 tonnes, outre une consommation en eau de trois à cinq litres par jour et par tête. Des chiffres qui donnent la mesure de l’ampleur logistique de cette campagne.
Par ailleurs, M. Benaoui a affirmé que le transport constitue également un enjeu majeur. Un camion aménagé peut transporter jusqu’à 120 têtes, contre soixante pour un véhicule non adapté.
La réussite de l’opération dépendra donc de la disponibilité de moyens de transport conformes et en nombre suffisant. Concernant la distribution, il a souligné que les autorités ont prévu une densification des points de vente à travers les wilayas, avec une volonté affichée d’éviter les dysfonctionnements observés lors de la campagne précédente. L’expert plaide par ailleurs pour une implication directe des grands éleveurs, qu’il estime disposer des capacités logistiques nécessaires.
L’équité dans la distribution en question
Sur la question de l’équité dans la distribution, Mustapha Benaoui rappelle que le volume prévu reste limité face aux besoins réels. «Le million de têtes est insuffisant vis-à-vis de la demande», affirme-t-il, estimant que les besoins nationaux se situent entre 3,5 et 4 millions de têtes. Il a également indiqué que le cheptel national est estimé à environ 18 millions de têtes, dont seule une partie est apte à l’abattage, ce qui explique le recours à l’importation pour combler le déficit.
L’importation : une solution nécessaire et une stratégie à long terme
Dans ce contexte, l’importation apparaît comme une solution nécessaire, mais aussi comme une stratégie à inscrire dans la durée.
M. Benaoui explique qu’il s’agit d’une opération stratégique qui va durer dans le temps, sur une période de cinq à huit ans, afin de permettre la reconstitution du cheptel national.
Il évoque à cet égard la dégradation des parcours naturels et la nécessité de réduire la pression sur les ressources locales, deux facteurs qui fragilisent durablement la filière ovine nationale.
Enfin, l’expert propose une évolution du modèle actuel en suggérant une importation continue tout au long de l’année plutôt que concentrée uniquement avant l’Aïd. «C’est l’opération la plus rationnelle», conclut-il, appelant à une approche plus durable et mieux planifiée, qui permettrait non seulement de garantir l’approvisionnement du marché, mais aussi de stabiliser les prix et d’éviter les tensions récurrentes observées chaque année à l’approche de la fête.
Anais G.
