L’Algérie est en deuil ! Elle ne peut que l’être lorsque le nom de l’homme qui vient de s’éteindre est Liamine Zeroual. L’ancien président de la République, le moudjahid Liamine Zeroual, décédé samedi soir à l’Hôpital militaire Mohamed Seghir-Nekkache à Alger, à l’âge de 85 ans, incarnait la patriotisme, la probité, le salut de la République et surtout l’intégrité d’un Président qui a, des années après son départ du pouvoir, constitué une voie de recours à chaque fois que l’Etat se trouvait en difficulté. C’était d’ailleurs le cas en 2019, lors du mouvement populaire qui a ébranlé le pays. Liamine Zeroual était cette exception algérienne qui a marqué des générations durant les 30 dernières années de l’histoire du pays qui. Son parcours atypique, marqué par cette fameuse démission annoncée à l’automne 1998, inspire bien d’acteurs politiques du pouvoir comme de l’opposition et impose le respect en évoquant son nom.
Natif de Batna en 1941, dans la terre des Aurès qui n’a pas voulu plier devant le colonialisme français, Liamine Zeroual portait donc automatiquement au fond de lui ce patriotisme qu’il va très vite faire valoir, en s’engageant à seulement 16 ans, dans les rangs de l’Armée de Libération Nationale (ALN), branche armée du Front de libération nationale (FLN).
C’est dans les maquis qu’il va forger sa personnalité et l’honneur du serment de Novembre 1954, puisqu’il restera toute sa vie durant, fidèle au message de ses frères d’armes tombés au champ d’honneur.
Au lendemain de l’indépendance, Liamine Zeroual se fond au sein de l’ANP où il poursuivra sa formation militaire de haut niveau.
Ce qui le propulsa à une carrière remarquable au sein de l’armée durant laquelle il occupera plusieurs postes de commandement. Promu général en 1988, puis chef des Forces terrestres de l’ANP, il quitte pourtant ses fonctions en 1990, après un désaccord, avec les dirigeants. Nommé ambassadeur en Roumanie, Zeroual ne tardera pas en poste, déclarant plus tard qu’il n’était « pas fait pour ce métier », et rentre à Batna.
L’appel de la patrie
Mais, l’homme qui n’a jamais cherché le pouvoir va se retrouver obligé de répondre favorablement à l’appel de la patrie, à un moment critique de son histoire. En plein décennie noire, il est nommé en 1993 ministre de la Défense nationale, avant d’être appelé à assumer les plus hautes responsabilités de l’État en janvier 1994. Ce patriote de la première heure est désigné à la tête du pays au sein du Haut Comité d’État (HCE), organe créé pour pallier la vacance du pouvoir après la démission de Chadli Bendjedid, deux années plutôt, après l’interruption des premières élections législatives pluralistes. Pas très chaud à l’idée de porter l’étiquette de la désignation, Zeroual se met au test démocratique du peuple, en organisant la première élection présidentielle pluraliste de l’Algérie indépendante. Contre vents et marrées, les menaces des groupes armés, le vote a eu lieu et les algériens se sont massivement dirigés aux urnes et l’ont porté Président avec plus de 61% des voix exprimées, le 16 novembre 1995. Son mandat (1995/1999), il le consacrera à la lutte contre le terrorisme et l’instauration de la paix et de la réconciliation.
Deux chemins sont alors empruntés : celui du dialogue et celui de la lutte armée jusqu’à l’élimination de ceux qui refusèrent de poser les armes et de revenir dans les bras de la nation qui leur a ouvert les bras. Liamine Zeroual va donc rencontrer des responsables et dirigeants emprisonnés de l’ex-FIS, pour tenter la solution politique. Hélas, la violence prend le dessus, ce qui l’oblige à engager une bataille sans concession contre les groupes terroristes qu’il jura d’exterminer « à la racine ».
Parallèlement, la loi de ‘’la Rahma’’ déjà en marche fera descendre des maquis des centaines d’hommes armés, constituant la base du projet de la Réconciliation nationale. En 1996, le Président Zeroual fait amender la Constitution en y introduisant un changement majeur, très peu médiatisé et qui constitue une révolution même dans les systèmes politiques des pays de la région : la limitation à deux le nombre de mandats présidentiels. « On ne le souligne pas assez, mais c’était une vraie révolution dans le monde arabe », fera remarquer l’ancien diplomate, Abdelaziz Rahabi.
Le dialogue et la lutte armée
Alors qu’il bouclait sa troisième année, et contre toute attente, Liamine Zeroual surprend les algériens par cette annonce en septembre 1998, d’organiser des élections présidentielles anticipées, et quitta la présidence quelques mois après, après une transition politique plutôt pacifique, en avril 1999, avec l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika. Une séquence qui sera suivie d’une très longue absence et d’une quasi-disparition de la scène politico-médiatique. À Batna, il se remettra comme à l’époque à côtoyer les citoyens et à pratiquer son jeu préféré ‘’les dominos’’, grandissant dans les yeux des Algériens qui le sollicitent à maintes reprises pour « revenir » aux commandes. La dernière en date remonte à 2019, en plein mouvement populaire, quand des citoyens se présentent à son domicile par dizaines, pour l’appeler au «Salut».
Mais, l’homme refuse de s’immiscer encore une fois dans les affaires, préférant son intégrité. Mais, au lendemain de l’élection du Président Abdelmadjid Tebboune, il a accepté son invitation en juin 2020, déclarant que c’était « en toute logique » qu’il lui a rendu visite, car, avait-il soutenu, « j’ai perçu chez lui, depuis sa campagne électorale à ce jour, une forte et solide volonté d’édifier un nouvel État ».
« Cet État, rêvé par les valeureux Chouhada, a été revendiqué par des millions d’Algériennes et d’Algériens lors de leur révolution pacifique, ô combien singulière. En tant que citoyen, je m’enorgueillis chaque jour d’appartenir à ce grand peuple. », avait-il ajouté, à son sortir du palais d’El Mouradia qu’il occupait autrefois, sans pour autant s’y accrocher… C’était Liamine Zeroual. Adieu l’homme du salut !.
Aïssa Moussi
