La diplomatie algérienne a porté, hier à Genève, une voix ferme sur la scène internationale en matière de protection des données personnelles et de lutte contre les pratiques d’espionnage numérique.
Intervenant lors du dialogue interactif avec la rapporteuse spéciale sur le droit à la vie privée, la mission permanente de l’Algérie auprès de l’Office des Nations unies a soulevé des questions essentielles sur l’encadrement juridique des flux transfrontaliers d’informations et l’utilisation détournée des technologies de surveillance.
Face à la recrudescence des cas d’utilisation de logiciels espions par certains États pour cibler des personnalités politiques, des parlementaires ou des journalistes à l’étranger, l’Algérie a exprimé sa « préoccupation profonde ». Une interrogation centrale a été formulée : dans quelle mesure le cadre juridique international actuel, censé réguler la collecte et la circulation transnationale des données, peut-il réellement prévenir ces dérives et garantir le respect de la vie privée ?
Cette offensive diplomatique s’inscrit dans un contexte où l’absence de règles universelles claires sur le transfert des données à caractère personnel constitue, selon la mission algérienne, un défi majeur pour la protection des droits fondamentaux à l’ère numérique. Les représentants de l’Algérie ont mis en lumière cette carence du droit international, qui laisse un terrain fertile aux pratiques les plus opaques.Sur le plan interne, Alger n’a pas manqué de rappeler les avancées législatives réalisées pour faire face à ces menaces. La loi 18-07, adoptée en 2018, a posé les fondements de la protection des données personnelles en Algérie, avec la création concomitante de l’Autorité nationale de protection des données à caractère personnel.
Face à l’accélération des mutations numériques et à l’explosion des flux d’informations, le législateur a franchi une nouvelle étape en 2025 avec la loi 25-11, venue renforcer l’encadrement des transferts internationaux de données et élargir le champ de protection à certaines opérations spécialisées.
Cette mobilisation sur la scène onusienne ravive inévitablement la mémoire de l’affaire Pegasus, ce scandale planétaire qui avait éclaté en 2021.
Les révélations du journal Le Monde et les enquêtes menées par Forbidden Stories et Amnesty International avaient mis au jour l’utilisation massive du logiciel espion développé par la société israélienne NSO par les autorités marocaines.
Des milliers de numéros de téléphone algériens figuraient parmi les cibles potentielles, appartenant notamment à des responsables politiques, des diplomates et des journalistes.
Parmi les victimes identifiées, l’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi, des responsables de médias et plusieurs journalistes avaient été spécifiquement ciblés. Ces révélations avaient provoqué une onde de choc et conduit le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed à ouvrir une enquête préliminaire pour des faits susceptibles de constituer des atteintes graves à la sécurité nationale.
À l’époque, le parquet général avait qualifié ces agissements de « crimes punis par la loi algérienne », évoquant notamment la « collecte d’informations en vue de les livrer à une puissance étrangère » et l' »intrusion frauduleuse dans des systèmes de traitement automatisé de données ».
Le ministère des Affaires étrangères avait dénoncé avec vigueur « l’utilisation à grande échelle du logiciel Pegasus par les autorités du Royaume du Maroc contre des responsables et des citoyens algériens ».
Dans sa déclaration, la diplomatie algérienne avait exprimé son rejet catégorique de « l’atteinte systématique aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales », y voyant « une violation flagrante des principes régissant les relations internationales ». Elle avait également réservé à l’Algérie « le droit de mettre en œuvre sa stratégie de riposte » et affirmé sa disponibilité à participer à « tout effort international visant à établir collectivement les faits ».
En portant aujourd’hui ces questions devant l’enceinte genevoise, l’Algérie réaffirme sa détermination à ne pas laisser s’installer l’impunité dans le cyberespace. La stratégie nationale, combinant renforcement du cadre législatif domestique et plaidoyer pour une régulation internationale plus contraignante, dessine les contours d’une souveraineté numérique que le pays entend préserver face aux appétits de ses voisins.
Loin de se contenter d’une posture défensive, Alger cherche à inscrire le débat dans une dynamique collective, convaincue que la protection des données personnelles est devenue un enjeu de sécurité nationale autant qu’un droit fondamental à défendre sans frontières .
Fateh H.
