L’Afrique au Conseil de Sécurité: Le «Dispositif A3+», pilier du multilatéralisme et voix continentale

Le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a élevé la portée du «Dispositif A3+», le décrivant comme bien plus qu’un simple mécanisme de coordination. Il l’a défini, lors de la 12e session du Séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique (Processus d’Oran) à Alger, comme le cœur du multilatéralisme africain et un pont indispensable reliant l’architecture continentale à l’ordre international.
Dans un contexte où le consensus fondateur des Nations Unies vacille, les trois pays africains membres non-permanents du Conseil de Sécurité (A3), élargis à leurs alliés (A3+), jouent un rôle crucial de trait d’union. Face aux rivalités des grandes puissances, ils préservent l’esprit du multilatéralisme, défendent les principes de la Charte de l’ONU et garantissent que la voix de l’Afrique ne soit pas marginalisée.
«Cette position stratégique exige une coordination maximale entre Addis-Abeba et New York», a-t-il insisté, martelant que l’unité de position n’est pas un choix, mais un impératif stratégique. «Là où l’Afrique parle d’une seule voix, elle influence les décisions. Là où elle se divise, elle s’efface.»
Youssouf a souligné plusieurs priorités et défis immédiats. La Résolution 2719 du Conseil de Sécurité constitue, selon lui, l’outil-clé pour rendre le partenariat ONU-UA en matière de paix et de sécurité plus prévisible et structuré.
Il a ensuite pointé la recrudescence des coups d’État militaires sur le continent, appelant à une fermeté intransigeante face à ces changements inconstitutionnels. La résurgence alarmante du terrorisme, du Sahel au Mozambique, exige selon lui une réponse collective et un appel au Conseil de Sécurité à assumer pleinement ses responsabilités en renforçant les mécanismes de prévention et régionaux.
Il a aussi dénoncé la multiplication des ingérences externes qui compliquent la résolution des crises africaines, rappelant que les solutions doivent rester africaines, dans le respect de la souveraineté et du droit international.
Sur le plan financier, le Président a plaidé pour que l’Afrique soit protégée des restrictions budgétaires imposées, affirmant que les missions de paix africaines, les programmes de développement et la justice climatique doivent demeurer des priorités internationales. «Pour cela, nous utiliserons toutes les plateformes disponibles pour faire entendre notre voix», a-t-il assuré, citant la TICAD, le G20 et les sommets UA-UE.
En conclusion, Mahmoud Ali Youssouf a réitéré deux revendications fondamentales : la poursuite de la justice réparatrice pour l’esclavage et la colonisation, thème de l’année, et une réforme ambitieuse du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Cette réforme doit, selon lui, accorder à l’Afrique deux sièges permanents avec droit de veto et cinq sièges non-permanents. Le Forum d’Oran représente, a-t-il conclu, une opportunité cruciale de solidarité et de détermination pour faire avancer ces intérêts géostratégiques continentaux .
Malik M.