181e anniversaire des enfuma des du Dahra: L’Algérie commémore et légifère pour que la mémoire ne meure pas

Cent quatre-vingt-un ans après l’un des crimes les plus sombres de la colonisation française en Algérie, la mémoire des enfumades des Ouled Riah n’a rien perdu de son acuité.
C’est à Alger que le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, a présidé hier lundi une conférence commémorative organisée par le Centre national d’études et de recherche sur la Résistance populaire, le mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 1954 (CNERMN54), un rendez-vous de mémoire autant que de réflexion historique.
Dans son allocution d’ouverture, le ministre a rappelé l’attention soutenue que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, accorde au dossier de la mémoire nationale, qu’il considère indissociable de «l’histoire de la nation et de sa dignité».
Cette attention se traduit désormais en actes concrets : le secteur des Moudjahidine a reçu instruction d’élaborer une loi sur la mémoire nationale, dont l’avant-projet est en cours de préparation.
Ce texte vise à protéger, préserver, valoriser et transmettre aux générations futures le legs historique de la nation algérienne. En parallèle, les préparatifs avancent pour la tenue des Assises nationales de la mémoire, annoncées par le chef de l’État, qui constitueront un espace de concertation collective pour ancrer la culture historique et prémunir les jeunes contre les tentatives de falsification et d’effacement.
Commémorer les enfumades du Dahra, a souligné Tacherift, c’est «rester fidèle aux sacrifices consentis» et refuser que l’oubli fasse le travail que la répression n’a pas achevé. Car ce qui s’est passé dans les monts du Dahra, à l’est de Mostaganem, est d’une brutalité qui défie l’entendement. En juin 1844, puis en juin et août 1845, les forces coloniales françaises ont enfumé des grottes où s’étaient réfugiés des membres des tribus des Ouled Riah, des Sbih, des Beni Zeroual et des Beni Zentis, en représailles au soutien qu’ils apportaient à la résistance de Chérif Boumaâza. Plus d’un millier de personnes périrent asphyxiées. Un massacre délibéré, qualifié par les historiens de crime contre l’humanité.
La conférence a été marquée par deux communications : l’une intitulée «Les Enfumades du Dahra de juin 1845 : un crime à part entière», l’autre consacrée à «L’écho des Enfumades des Ouled Riah dans la presse française», deux éclairages complémentaires sur un événement que la recherche académique continue de documenter et d’approfondir.
L’objectif affiché des organisateurs est clair : faire de la rigueur historique un rempart contre la distorsion, et de la mémoire collective un socle pour la conscience nationale des générations à venir.
N. C.