Washington et Tel-Aviv:Une alliance risquée pour un nouvel ordre sécuritaire

La rencontre de Washington intervient dans un contexte diplomatique particulièrement dégradé, où les mécanismes traditionnels de médiation internationale sont affaiblis. L’administration Trump a systématiquement marginalisé les acteurs multilatéraux comme les Nations Unies dans ce dossier, préférant un mode opératoire bilatéral et transactionnel.
Cette approche, qualifiée de «diplomatie de l’accord» (deal-making), donne un avantage décisif à la partie perçue comme la plus forte – en l’occurrence Israël – et réduit la possibilité d’une paix fondée sur le
droit et la réciprocité.
Cette marginalisation des cadres internationaux a des conséquences directes sur le terrain. Elle renforce l’impunité et encourage une surenchère unilatérale.
En toile de fond de la discussion sur les «zones de sécurité» se profile un risque majeur d’escalade régionale. Netanyahou pourrait chercher à obtenir de Trump un feu vert tacite, ou du moins une promesse de non-interférence, pour des opérations militaires de grande envergure contre l’Iran ou ses alliés dans la région, sous prétexte de sécuriser définitivement les frontières israéliennes. L’objectif implicite serait de créer des faits accomplis irréversibles avant la fin du mandat présidentiel américain.
L’autre péril immédiat concerne le statut de Jérusalem et des Lieux saints. Une reconnaissance américaine accrue de la souveraineté israélienne sur l’ensemble de la ville, ou un soutien à des restrictions d’accès aux fidèles musulmans et chrétiens, pourrait provoquer une rupture bien au-delà du conflit israélo-palestinien, enflammant le monde musulman et compromettant toute perspective de normalisation avec les pays arabes.
Ainsi, au-delà des projets de milices transnationales, c’est l’architecture même de la stabilité régionale qui est menacée par cette alliance. Elle substitue à la recherche d’un équilibre, même fragile, la logique de la domination brute, avec le risque calculé d’embraser un Moyen-Orient déjà instable.
Le silence, ou le soutien, des capitales européennes face à cette dynamique témoigne d’une abdication stratégique qui pourrait se révéler extrêmement coûteuse à moyen terme.
M. M.