Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est exprimé, samedi soir, sur de nombreuses questions d’actualité nationale et internationale lors de sa dernière entrevue avec des représentants des médias nationaux. L’entretien a débuté par la récente visite du pape Léon XIV en Algérie.
Visite du pape : «L’Algérie dans sa position naturelle»
Pour le chef de l’État, cette visite «place l’Algérie dans sa position naturelle», celle d’«intermédiaire honnête qu’elle a toujours été», soulignant son rôle dans le dialogue entre les religions et le rapprochement des peuples.
Il a exprimé, au nom du peuple et de l’État algériens, ses remerciements au pape pour avoir accepté l’invitation. Il a relevé que cette visite «a permis de lever beaucoup d’équivoques» et de «replacer l’Algérie dans sa véritable sphère naturelle». Le président rappelle que le pape a qualifié l’Algérie de pays méditerranéen «ouvert à toutes les cultures et à toutes les religions» et qu’il s’agit d’un pays «qui n’a jamais persécuté les autres religions». Il a qualifié la visite de «succès», marquant une étape importante dans le renforcement des relations entre l’Algérie et le Vatican.
Les entretiens avec le pape ont porté essentiellement sur les relations bilatérales et la nécessité d’en faire des «relations pérennes et enrichissantes pour les deux parties».
Le pape Léon XIV a «une parfaite connaissance de ce qui se passe en Algérie, ce que j’ai personnellement apprécié», a dit le président. Il est aussi au fait des efforts déployés par l’Algérie sur le plan culturel». Le chef de l’État a insisté sur le fait que cette visite a démenti les affirmations de l’ancien colon selon lesquelles l’histoire de l’Algérie aurait commencé avec la colonisation. La visite a prouvé que l’histoire du pays remonte à saint Augustin et même avant.
Toutes les conditions réunies pour les législatives
Sur le chapitre politique, le chef de l’État a évoqué les élections législatives du 2 juillet prochain.
Il a assuré que toutes les conditions sont réunies pour garantir l’intégrité du processus électoral, soulignant que la création de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) s’inscrit dans la politique de l’État visant à éviter toute suspicion. «La réponse à toute préoccupation concernant un éventuel chevauchement entre les prérogatives de l’administration et celles de l’ANIE ne peut être que d’ordre juridique», a‑t‑il lancé. Il a ajouté qu’il convient de tenir compte des aspects positifs réalisés dans le processus électoral en Algérie, mettant en avant que, depuis son élection à la magistrature suprême du pays, «le terme de fraude électorale n’a plus cours et ne figure plus dans le vocabulaire politique des Algériens». «L’État poursuit ses efforts pour encadrer le processus électoral, comme en témoignent la loi relative au régime électoral et la Constitution, quand bien même certaines lacunes existent», a‑t‑il soutenu. La liberté d’expression est garantie en Algérie, à condition de respecter les lois de la République, les composantes de l’identité nationale et les traditions de la société, et à condition aussi que les idées exprimées soient celles de leurs auteurs et non dictées par des parties étrangères cherchant à semer la zizanie. Le président a rappelé avoir juré devant le peuple algérien d’être «l’adversaire de quiconque oserait porter atteinte à l’unité nationale ou à l’une des composantes de l’identité nationale».
Il a assuré que l’intervention de la justice algérienne dans les questions liées à l’expression d’opinion demeure «rare», précisant que «tout contrevenant aux principes statués par la Constitution, la loi algérienne et les traditions de la société en paiera le prix, car la justice est libre et elle a pour mission d’interdire l’injure et la diffamation».
Il s’est interrogé : «Comment des pays occidentaux peuvent‑ils prétendre qu’il y a des restrictions en Algérie, en se posant en modèles de démocratie, et infliger des peines d’emprisonnement à l’encontre de toute personne qui exprime sa sympathie envers la cause palestinienne sur les réseaux sociaux ?»
La «issaba» de la sous‑facturation dénoncée Sur le plan économique, le président de la République a dénoncé la «aissaba» (mafia) de la sous‑facturation. Il a mis en garde contre certaines pratiques dans l’exportation, notamment le non‑rapatriement de devises pour une valeur de 350 millions de dollars récemment constaté.
«Nous nous sommes débarrassés de la “aissaba” qui s’adonnait à la surfacturation pour nous retrouver face à une autre “aissaba” qui se livre à la sous‑facturation», a‑t‑il déploré.
Il a averti que l’État ne tolérera aucune atteinte aux moyens de subsistance des Algériens : «Quiconque spéculera sur les moutons de l’Aïd en paiera le prix fort.»
Le chef de l’État a souligné l’importance des indicateurs de développement positifs enregistrés par l’économie nationale et la nécessité de poursuivre la dynamique de diversification et de renforcement des exportations hors hydrocarbures. La prochaine étape repose sur l’instauration d’«une véritable transformation économique» fondée sur la valorisation des ressources nationales.
La diversification de l’économie «est devenue aujourd’hui une réalité», après avoir été «pendant des décennies un simple slogan». L’Algérie ambitionne d’atteindre entre 8 et 9 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures par an. Le président a salué l’objectif du Conseil du renouveau économique algérien (CREA) d’atteindre près de 30 milliards USD à l’horizon 2030, ce qui placera les équilibres financiers de l’État dans une situation «confortable».
Les réformes dans le domaine financier ont été saluées par le Groupe d’action financière (GAFI), qui «s’est dit satisfait des progrès réalisés par l’Algérie», avec la perspective d’une sortie du pays de la liste grise.
Évoquant le projet intégré de phosphate de Bled El Hadba, le président a indiqué que l’usine d’acide phosphorique sera mise en service fin 2026 ou début 2027. Il a également salué les avancées dans l’industrie automobile : l’usine Fiat Algérie atteindra un taux d’intégration de 40 % avec une orientation vers l’exportation. «Le secteur privé honnête est en train de faire des pas de géants», a‑t‑il affirmé.
Sortie des Émirats de l’OPEP : «un non‑événement»
Interrogé sur la sortie des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+, le chef de l’État a répondu que c’est «un non‑événement», précisant que l’Arabie saoudite est le pays arabe le plus important de ces organisations.
Mali : «la force ne règle pas les problèmes»
Le président a déploré la situation au Mali. «Nous sommes désolés de ce qui se passe au Mali.
Ce n’était pas une prophétie, mais on savait que les choses allaient se gâter.» Il a appelé les autorités maliennes à dialoguer avec leur peuple : «La voie de la raison, c’est de discuter avec son peuple, d’essayer, même si la prise de pouvoir n’est pas constitutionnelle, de la constitutionnaliser.»
Il a rappelé que «l’Algérie ne s’est jamais immiscée et ne s’immiscera jamais dans les affaires intérieures du Mali ou d’autres pay ». Il a déploré que certains éléments cherchent à accuser l’Algérie.
«Les accords d’Alger sont un fait malien, pas un fait algérien. […] La force ne règle pas les problèmes.»
«Je parle avec le cœur parce qu’on aime le Mali. Nous n’allons pas déménager, le Mali ne va pas déménager. Et l’extrémisme n’a jamais été payant», a‑t‑il confié.
Relations internationales : «l’Algérie reste un pays non‑aligné»
Le président a exprimé la volonté de l’Algérie de développer ses relations avec le Burkina Faso et le Tchad dans le cadre d’une véritable intégration africaine.
Sur les relations algéro‑américaines, il a signalé qu’elles «ont toujours été bonnes» et qu’elles s’améliorent constamment. Il a attiré l’attention sur le fait que l’Algérie n’abandonnera jamais ses amis, à l’image de la Russie, de la Chine ou de ses frères comme l’Indonésie, rappelant que l’Algérie reste un pays non‑aligné.
Il a réaffirmé qu’elle n’acceptera jamais l’installation d’une base militaire étrangère sur son territoire, et a réitéré le soutien du pays aux causes palestinienne et sahraouie.
Fateh H.

