Le chantier de la modernisation financière algérienne vient de franchir une étape décisive.
La Banque d’Algérie a publié, au Journal officiel, le règlement qui fixe désormais l’organisation et le fonctionnement exact du Comité national des paiements, donnant enfin un cadre juridique précis à cette instance appelée à transformer en profondeur les habitudes de paiement des Algériens.
Ce texte, pris en application de la loi monétaire et bancaire de juin 2023, vient structurer une entité installée dès avril 2024 au sein de la Banque d’Algérie, mais dont les contours institutionnels restaient jusque-là flous. Sa mission est ambitieuse c’est d’élaborer et déployer une stratégie nationale destinée à généraliser les moyens de paiement scripturaux cartes bancaires, virements, solutions électroniques face à la prédominance persistante du liquide dans les transactions du quotidien.
Un objectif qui vise aussi, en filigrane, à faire entrer dans le circuit officiel une partie des flux monétaires qui échappent encore à toute traçabilité.
Le règlement confie au Comité la direction de ce vaste chantier, avec pour mission de suivre l’application des orientations stratégiques sur l’ensemble du territoire, d’encadrer l’usage des instruments de paiement locaux et internationaux, et de veiller de près aux innovations technologiques qui redessinent le secteur monétique.
L’ambition affichée est claire : réduire, année après année, la dépendance du pays à l’argent physique.
Sur le plan de sa composition, le texte donne à voir une instance résolument transversale.
Présidé par le gouverneur de la Banque d’Algérie ou l’un de ses vice-gouverneurs, le Comité rassemble des cadres de rang au moins égal à directeur général issus de sept départements ministériels Finances, Justice, Commerce, Poste, Numérisation, ainsi que le ministère de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises. S’y ajoutent deux directeurs généraux de la Banque d’Algérie, le directeur général d’Algérie Poste, ainsi que des représentants de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers, de l’organe interbancaire chargé de la monétique et du centre monétique interbancaire. Signe que la question dépasse le seul cadre financier, les enjeux sécuritaires y sont également représentés, à travers la Direction générale de la sécurité intérieure, la Sûreté nationale et le Commandement de la Gendarmerie nationale, aux côtés de deux experts reconnus du secteur.
Pour assurer la continuité de ses travaux, le nouveau règlement instaure enfin un secrétariat permanent, chargé de préparer les études préliminaires, de faciliter la circulation de l’information entre les membres et de centraliser les données relatives à l’avancement des orientations retenues.
Le texte impose par ailleurs un suivi rigoureux des résultats obtenus : le Comité devra transmettre périodiquement aux pouvoirs publics des statistiques précises sur la diffusion et l’usage des moyens de paiement scripturaux des données qui permettront, à terme, de mesurer concrètement les progrès accomplis face à la persistance du cash.
Reste à voir si cette architecture institutionnelle, désormais clairement balisée, suffira à convaincre les Algériens d’abandonner progressivement leurs habitudes de paiement les plus ancrées.
Fateh H.
Vers la fin du tout-cash: La Banque d’Algérie fixe les règles du jeu du Comité national des paiements
