Polémique autour de la philosophie: Saadaoui rompt le silence

Il aura fallu deux jours, une lettre ouverte et une vague de solidarité académique pour que le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saadaoui, sorte enfin de son silence.
Accusé par de nombreux professeurs, universitaires et intellectuels d’avoir supprimé la philosophie de l’enseignement secondaire, le ministre a choisi de répondre non pas par un communiqué officiel, mais par un message adressé directement à l’un de ses détracteurs les plus en vue.
Tout est parti d’une lettre ouverte publiée il y a deux jours par l’écrivain et chercheur Karim Djedi, sur son compte Facebook personnel, sous un titre sans détour : «L’exclusion de la philosophie est une déclaration de mort de la raison».
Le texte avait aussitôt suscité une vague de soutien de la part de nombreux universitaires, inquiets de ce qu’ils percevaient comme un recul dans la formation intellectuelle des lycéens.
C’est cette même inquiétude, largement partagée dans les milieux scientifiques et éducatifs, que le ministre a fini par prendre au sérieux, saluant lui-même, selon les mots de Karim Djedi, une réaction qui «traduit un esprit de responsabilité et rapproche l’administration de la presse et du citoyen».
Dans sa réponse, publiée par le chercheur, Saadaoui affirme avoir accueilli «avec toute la responsabilité requise» les interrogations soulevées autour de la suppression de la philosophie, tout en saluant l’intérêt porté par les enseignants aux dispositions pédagogiques mises en place par son département. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, le membre du gouvernement n’a pas caché son étonnement de voir un enseignant s’engager dans un débat public sans avoir pris connaissance des textes publiés par le ministère, se fiant selon lui «à l’ouï-dire et à des informations très superficielles».
Sur le fond, le ministre assure que son département mesure pleinement, et considère comme relevant de sa responsabilité sociale, l’ampleur de la mission qui lui incombe dans le développement du système éducatif au service du pays et de l’avenir des générations futures. Il affirme que l’importance de la philosophie dans l’architecture du secondaire, ainsi que son rôle dans chacune des filières, n’échappe nullement à son ministère. Bien au contraire, précise-t-il, les matières fondamentales de chaque filière ont fait l’objet d’un renforcement, et la philosophie n’y a pas échappé : son coefficient a été relevé en troisième année secondaire, dans la filière lettres et philosophie.
Dans les autres filières, poursuit le ministre, la discipline demeure programmée comme matière importante des apprentissages fondamentaux dès la deuxième année secondaire, avec un coefficient inchangé par rapport au dispositif précédent. Invitant ses contradicteurs à se référer directement aux décisions publiées sur la page officielle du ministère, Saadaoui conclut sa mise au point par une question qui se veut sans appel : la philosophie a-t-elle réellement été supprimée ?
Le ministre a terminé son message en remerciant l’intérêt porté aux mesures de son département, formulant le vœu de voir «nos élites gagner en maturité et en discernement, et notre pays en sécurité et en développement». Cette sortie intervient alors que la controverse n’a cessé d’enfler ces derniers jours. De nombreux professeurs de philosophie, enseignants universitaires et intellectuels ont multiplié les tribunes pour dénoncer ce qu’ils qualifiaient de suppression pure et simple de la matière. La page de l’Association algérienne des études philosophiques s’est elle aussi mobilisée, publiant sur les réseaux sociaux plusieurs textes argumentés et rigoureusement documentés, rappelant, données à l’appui, le rôle irremplaçable de la philosophie dans la formation d’esprits capables de penser par eux-mêmes.
A. G.