Valise diplomatique: Alger dénonce une atteinte aux conventions

L’Algérie a exprimé un refus catégorique face à la nouvelle procédure temporaire proposée par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères concernant l’accès des agents algériens accrédités aux zones réservées des aéroports parisiens pour l’acheminement ou la récupération de la valise diplomatique. Cette décision française, jugée attentatoire aux engagements internationaux de Paris, a été dénoncée comme une entrave directe au bon fonctionnement des missions diplomatiques et consulaires algériennes en France.Selon une source autorisée au ministère algérien des Affaires étrangères, la Direction générale du protocole a accusé réception de la note verbale française datée du 7 août 2025, introduisant cette nouvelle procédure. Après analyse, Alger estime qu’elle viole des dispositions fondamentales de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961) et de la Convention de Vienne sur les relations consulaires (1963), ainsi que les engagements bilatéraux contenus dans la Convention consulaire algéro-française de 1974.
Une violation claire des obligations internationales de la France
L’Algérie rappelle que l’article 25 de la Convention de Vienne impose à l’État accréditaire – en l’occurrence la France – de garantir toutes les facilités nécessaires à l’accomplissement des fonctions des missions diplomatiques. De plus, l’article 5 de la Convention de Vienne sur les relations consulaires oblige l’État hôte à permettre aux postes consulaires d’exercer leurs fonctions librement et sans entrave.En matière spécifique de valise diplomatique, l’article 27, alinéa 7, de la Convention de Vienne consacre le droit absolu d’envoyer un membre accrédité pour prendre possession directement et librement de ladite valise auprès du commandant de l’aéronef. Ce droit est expressément réaffirmé par l’article 13, alinéa 7, de la convention consulaire algéro-française, qui s’applique également aux commandants de navire.Or, la nouvelle procédure française maintient les restrictions déjà imposées, privant les agents algériens de leurs badges d’accès permanent aux zones de sûreté à accès réglementé (ZSAR) dans les aéroports, pratique pourtant bien établie pour l’ensemble des missions diplomatiques et consulaires étrangères accréditées en France.

Une discrimination ciblée et persistante
L’Algérie dénonce le caractère exclusivement ciblé de cette mesure, qui ne concerne que les agents de sa mission diplomatique et de ses postes consulaires. Ce traitement différencié viole le principe de non-discrimination consacré par l’article 47 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et l’article 72 de la Convention de Vienne sur les relations consulaires.La décision initiale de retirer les badges d’accès aux agents algériens constituait déjà une mesure discriminatoire. Remplacer cette privation par une nouvelle procédure tout aussi ciblée et restrictive revient, selon Alger, à aggraver la violation plutôt qu’à la corriger.

Un oubli inacceptable des consulats algériens
Autre point d’achoppement : la note française ne traite que du cas de l’Ambassade d’Algérie à Paris, omettant les consulats généraux et consulats algériens répartis sur le territoire français. Ces derniers subissent pourtant les mêmes blocages dans l’exercice de leurs missions. L’Algérie considère cette omission comme une preuve supplémentaire du manque de considération accordé par la partie française aux obligations bilatérales, et exige un traitement équitable pour l’ensemble de ses
représentations.

Des mesures vexatoires et provocatrices
La nouvelle procédure, en plus de ses entraves juridiques, introduit deux dispositions jugées humiliantes : La présence obligatoire d’une escorte policière accompagnant, en tout temps, les agents chargés de la valise diplomatique. Une demande écrite préalable adressée au ministère français
des Affaires étrangères au moins 48 heures avant chaque opération.Pour Alger, ces exigences constituent des entraves inutiles, incompatibles avec la fluidité et la confidentialité requises dans la
gestion des affaires diplomatiques.

La position ferme de l’Algérie
Face à ces constats, le ministère algérien des Affaires étrangères rejette sans ambiguïté la procédure française, qu’il juge contraire aux règles internationales, discriminatoire et attentatoire à la dignité de ses représentants. L’Algérie affirme que la seule solution acceptable réside dans le rétablissement immédiat des titres d’accès permanents aux zones réservées pour les agents accrédités de l’Ambassade et des postes consulaires algériens en France. Ce rétablissement permettrait à l’Algérie de lever, en retour, les mesures équivalentes adoptées sur la base du principe de réciprocité. En conclusion, Alger appelle Paris à honorer pleinement ses engagements internationaux et bilatéraux, estimant que la coopération et le
respect mutuel doivent primer sur toute mesure restrictive unilatérale susceptible d’entraver le bon fonctionnement des relations diplomatiques entre les deux pays .
Farid B.