Huit ans après avoir choisi l’Arabie saoudite pour sa première visite présidentielle à l’étranger, Donald Trump retourne au Moyen-Orient avec une escale symbolique dans le Golfe. Du 12 au 18 mai, il se rend en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis, dans une région où il sait qu’il sera reçu avec faste, respect et opportunités d’affaires — loin des critiques auxquelles il fait face sur la scène politique américaine.
Selon Jon Alterman, expert au Center for Strategic and International Studies, ce déplacement s’inscrit dans une stratégie bien rodée : le président américain y est accueilli sans opposition, ses interlocuteurs soignent son ego, et les intérêts économiques du clan Trump y trouvent un terreau favorable. Bien que Trump ait initialement voulu reproduire son geste de 2017 en réservant son premier déplacement à Riyad, les obsèques du pape François l’ont contraint à passer par Rome avant de rejoindre la région du Golfe.
Une offensive économique massive
L’objectif premier de cette tournée est économique. La Maison Blanche, par la voix de sa porte-parole Karoline Leavitt, a parlé d’un « retour historique » pour promouvoir une région débarrassée de l’extrémisme et tournée vers les partenariats économiques. Derrière ces mots, Trump cherche à conclure des accords d’envergure dans des secteurs comme la défense, l’énergie, l’aviation ou encore les technologies émergentes, tels que l’intelligence artificielle.L’Arabie saoudite et les Émirats, acteurs majeurs de l’OPEP+, ont déjà donné des gages en décidant d’augmenter leur production de pétrole. Une baisse du prix du brut pourrait offrir à Trump un avantage politique au niveau national, alors que sa politique protectionniste soulève des inquiétudes économiques croissantes.
Des enjeux géopolitiques incontournables
Mais ce voyage dépasse les seules considérations commerciales. À Riyad, Trump doit rencontrer les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe six monarchies arabes de la région. Ces pays jouent désormais un rôle diplomatique accru, s’impliquant dans la médiation de conflits internationaux, de l’Ukraine à Gaza.À l’agenda figurent plusieurs dossiers brûlants : la relance des négociations nucléaires entre les États-Unis et l’Iran, avec une nouvelle session prévue à Oman ; la fragile trêve avec les Houthis du Yémen ; la situation en Syrie ; et bien sûr, la crise humanitaire à Gaza, où Washington a récemment évoqué une initiative d’aide. Pour ces États du Golfe, l’enjeu est aussi d’évaluer les intentions d’un Trump perçu comme imprévisible, mais dont l’orientation pourrait redéfinir l’équilibre des forces dans la région.
Une visite sans Israël, mais pas sans implications
Fait notable : contrairement à sa tournée de 2017, Donald Trump n’a pas inscrit Israël à son itinéraire. Ce choix est perçu par les analystes comme un signal de refroidissement des relations, notamment dans un contexte où la situation à Gaza rend difficile toute avancée vers une normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite — un projet qui avait pourtant été promu par Trump lors de son premier mandat.Certains observateurs évoquent à la place des discussions bilatérales entre Washington et Riyad sur le nucléaire civil, excluant pour l’heure toute coopération visible avec Tel-Aviv. De même, les questions des droits humains, autrefois sources de tensions avec Joe Biden, semblent cette fois reléguées à l’arrière-plan.
Une provocation terminologique en vue ?
Enfin, une incertitude plane sur la terminologie que Trump pourrait adopter pour désigner la région : des fuites évoquent sa volonté de parler de « Golfe arabe » ou de « Golfe d’Arabie » au lieu de « Golfe Persique ». Une provocation linguistique qui pourrait crisper encore davantage les relations avec l’Iran.Entre ambitions commerciales, manœuvres diplomatiques et postures controversées, cette tournée dans le Golfe pourrait être un jalon majeur dans la campagne de Trump pour un second mandat — autant qu’un révélateur de sa vision d’un ordre régional remodelé selon ses priorités. Soumis à la pression intérieure, il semble chercher à l’extérieur l’applaudissement que lui refuse une partie de l’Amérique .
Malik.M.

