Dans les paysages envoûtants du Sahara algérien, où les dunes sculptées par le vent côtoient les oasis verdoyantes et où l’art ancestral du tissage raconte une histoire millénaire, un événement culturel et créatif unique voit le jour. L’atelier-résidence d’écriture créative «Tissons ensemble des mots au cœur du Sahara» se tiendra à Timimoun, la perle rouge du Gourara, du 4 au 11 décembre 2025. Porté par deux passionnés de patrimoine, de culture et de tourisme responsable, cet atelier propose une immersion littéraire et sensorielle au sein d’un territoire d’exception, à la rencontre des savoir-faire locaux et des récits du désert. À l’initiative de ce projet se trouvent M. Brahim Djellouadji, directeur de l’agence MED VOYAGES/Méditerranée Events & Travels, acteur historique du tourisme franco-algérien depuis plus de 25 ans, et Mme Sadia Tabti, auteure- illustratrice, consultante en artisanat et ambassadrice du réseau Rencontre des Auteurs Francophones pour l’Algérie. Ensemble, ils unissent leurs compétences pour offrir aux participant(e)s – auteurs, poètes, créateurs – une expérience rare : écrire inspiré par les couleurs, les textures et les récits de Timimoun, tout en dialoguant avec les artisanes tisserandes et en découvrant un écosystème oasis fragile et précieux. Dans un entretien accordé au journal Algérie Confluences, les deux organisateurs ont dévoilé les coulisses de ce projet, partageant leur vision et les ambitions profondes de cette résidence hors du commun.
Propos recueillis par Razyka Tiar
Algérie Confluences : Comment le projet de Timimoun s’inscrit-il dans votre démarche de transmission des savoir-faire traditionnels ?
Sadia Tabti : S’inscrire dans une démarche de transmission des savoir-faire traditionnels, c’est œuvrer pour la préservation et la valorisation d’un héritage unique. Le projet de Timimoun représente un exemple concret d’engagement au service de la culture, du partage et de la continuité des pratiques artisanales.
À travers la mise en œuvre d’ateliers et de rencontres, ce projet permet aux participants de découvrir l’univers et les techniques ancestrales de nos artisanes.
Pourquoi avoir choisi Timimoun comme point d’ancrage pour ce projet de relance touristique ?
Brahim Djelloudji : Notre choix s’est porté sur la ville de Timimoun, l’oasis rouge, pour ses différents atouts touristiques, son architecture, sa diversité culturelle : chants, poésie, trésors de ses manuscrits, étendue de ses dunes aux multiples formes et bien sûr le savoir-faire ancestral de son artisanat.
La douceur de la vie dans ses oasis et son calme offrent aux créatifs, artistes, écrivains et poètes l’inspiration nécessaire qui vont sans doute nous subjuguer par leurs textes et tableaux… Timimoun peut tout à fait devenir l’oasis de la création en Algérie et pourquoi pas à termes The place of arts.
Quels liens souhaitez-vous tisser entre les artisans locaux et les auteur(e)s ou créateurs invités à cette résidence ?
Sadia Tabti : Les liens tissés entre artisans locaux et auteur(e)s ou créateurs en résidence s’inscrivent dans une démarche d’ouverture, de dialogue et de valorisation réciproque. Ils permettent de créer des ponts entre tradition et innovation, et de faire rayonner la richesse du territoire au-delà de ses frontières.
Par ces liens, les auteurs s’immergeront dans la culture du peuple touareg, des zénètes, des berbères du Gourara et partageront leur savoir-faire et leurs histoires.
Cet échange permettra de comprendre l’importance des matériaux végétaux et les techniques de tissage traditionnelles, nourrissant ainsi leur imaginaire.
Comment comptez-vous articuler tourisme culturel et respect des communautés locales dans cette initiative ?
Brahim Djelloudji : A Med Voyage, nous prenons toujours le slow tourisme et l’écotourisme, contre le tourisme de masse, et invitons nos voyageurs à devenir eux-mêmes des acteurs écoresponsables. Nous favorisons la participation des acteurs locaux dans le développement touristique de leurs territoire.
Le respect de l’autre, le mieux «vivre ensemble» la construction des projets (séjours, circuits, escapades ou excursions) sur une base culturelle de notre patrimoine naturel et historique, matériel et immatériel : chants, danses, artisanats, fougaras, architecture, écritures, artisanat, etc.
Tous ces éléments nous servent comme matière première pour le montage de nos produits touristiques durables et solidaires, dans le strict respect du principe «réfléchir global, agir local». Toute la chaine de la production touristique est solidaire pour le developpemnt d’ un tourisme durable éco-responsable.
En quoi cette initiative contribue-t-elle à la préservation du patrimoine immatériel et à l’éveil des consciences écologiques ?
Sadia Tabti : Cette initiative, via l’écriturepoétique, contribue à soutenir la transmission et la valorisation des savoir-faire traditionnels, teintes végétales ainsi qu’à la préservation de l’environnement, les Foggaras, patrimoine hydraulique datant du 11e siècle classé à l’Unesco au patrimoine de l’humanité, galeries acheminant l’eau des sources jusqu’aux oasis. Ces écritures poétiques végétales (poèmes, nouvelles, contes) couplés avec des techniques de teinture seront inspirés par les couleurs et l’environnement.
Chaque teinte évoquera des émotions, des souvenirs et des images. Écriture de récits qui fusionnent le quotidien dans le désert et les légendes des tisserandes explorant le lien entre l’individu et son environnement, tout en valorisant l’expertise et la mémoire vivante des artisanes.
Cette Approche est centrée sur la préservation de la planète et la valorisation des artisans locaux, les participants auront l’occasion de se plonger dans un cadre inspirant et enrichissant.
Quelles actions concrètes envisagez-vous pour faire connaître cette résidence à l’international, notamment auprès de la diaspora algérienne ?
Brahim Djelloudji : Cela fait plus d’une année que nous travaillons sur ce projet avec Madame Sadia Tabti, initiatrice de cet événement à qui je rends hommage. Partageant les mêmes valeurs, j’y ai pleinement adhéré. Nous avons convaincu des auteurs de participer, organisé des rencontres autour des oasis au Centre Culturel Algérien à Paris, un week-end sur la «Préservation des Oasis» à Marseille, ainsi que des campagnes de sensibilisation dans les collèges et lycées en France. Cette résidence arrive à point nommé pour valoriser la biodiversité naturelle et la diversité culturelle et touristique de notre Sahara.
Pour sa promotion, une chaîne de télévision nationale nous accompagnera durant tout le séjour, tandis que journalistes et réseaux professionnels relayeront l’information.
Timy, comme l’appellent ses habitants, est légitime pour devenir l’oasis de la création et du dépassement vers un tourisme meilleur.
Je lance enfin un appel aux responsables du secteur, aux artistes, écrivains et citoyens de bonne volonté : cette rencontre est la vôtre, et nous souhaitons qu’elle devienne pérenne et s’inscrive comme une tradition annuelle .
R. T.

