Diffusée lundi soir sur les chaînes de Télévision et de Radio nationales, l’entrevue périodique du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avec les représentants des médias nationaux, aura été l’occasion d’un tour d’horizon dense.
De la lutte contre le terrorisme dans le Sahel aux revalorisations salariales promises à partir de 2027, en passant par les grands chantiers économiques et les relations avec l’Europe, le chef de l’état s’est dit «très optimiste» pour l’avenir d’un pays qu’il juge «sur la bonne voie», saluant au passage le «haut niveau de conscience» des Algériens face aux défis du moment.
«L’Algérie ne se soumet ni aux pressions ni aux menaces. Elle ne s’achète pas et elle ne se vend pas», a-t-il
martelé.
Le terrorisme, «ni un héritage, ni une fatalité»
C’est sur la question sécuritaire que le président de la République s’est montré le plus offensif.
Revenant sur la situation au Mali, il a tenu à rappeler les liens de fraternité et de bon voisinage qui unissent, depuis des siècles, l’Algérie et ce pays, tout en affirmant que le terrorisme n’était en Afrique «ni un héritage, ni une fatalité», mais bien un phénomène «créé» sur le continent.
Il est allé plus loin, accusant sans détour : «ceux qui ont créé le terrorisme et leurs complices sont ceux-là mêmes qui disent vouloir aider les Maliens à régler le problème du terrorisme».
Le chef de l’état a tenu des propos tout aussi fermes s’agissant de la Tunisie, confrontée elle aussi à la menace terroriste.
Pour lui, la manœuvre est claire : «On veut déstabiliser la Tunisie à cause de l’Algérie. On veut l’isoler de l’Algérie pour en faire une proie facile et on ne les laissera pas faire.» Une solidarité qu’il a résumée en une formule sans ambiguïté : «Celui qui touche la Tunisie nous touche.»
S’agissant du Moyen-Orient, le président de la République a réaffirmé la volonté de l’Algérie de contribuer au règlement de plusieurs dossiers en cours, se plaçant, a-t-il dit, «dans la même tranchée» que l’égypte et l’Arabie saoudite tout en pointant un «petit état» qu’il accuse d’entretenir les troubles dans plusieurs pays de la région.
Pouvoir d’achat : une nouvelle revalorisation annoncée à partir de 2027
Sur le terrain social, le président de la République a réaffirmé son engagement à poursuivre la revalorisation des salaires, des pensions de retraite et du Salaire national minimum garanti (SNMG) à compter de 2027, précisant que ces mesures seraient mises en œuvre progressivement afin de préserver les équilibres économiques et de maîtriser l’inflation.
Il a rappelé avoir déjà procédé à deux revalorisations du SNMG, jugé aujourd’hui à un niveau «acceptable», avant d’annoncer qu’une nouvelle hausse était prévue.
La méthode, a-t-il insisté, doit rester prudente : les augmentations futures devront être conduites «sans provoquer une hausse de la masse monétaire susceptible d’alimenter l’inflation», l’objectif étant de «maîtriser l’injection d’argent dans l’économie nationale afin de produire des effets positifs sur la croissance et le pouvoir d’achat».
Le président de la République a par ailleurs dressé le bilan des mesures sociales engagées depuis 2019 : exonération de l’impôt sur le revenu pour les salaires jusqu’à 30 000 DA, hausse de 47% des salaires, et deux revalorisations successives des pensions de retraite.
D’autres dossiers, comme la revalorisation des bourses étudiantes, restent à l’étude, leur concrétisation étant conditionnée, a-t-il précisé, à l’amélioration des performances économiques du pays performances qui, a-t-il ajouté, découleront notamment du développement de la production nationale et de la réduction des importations de produits stratégiques.
Autosuffisance et grands projets structurants
Sur le plan économique, le chef de l’état s’est félicité de l’essor du secteur agricole, dont les produits, a-t-il souligné, sont désormais très prisés à l’étranger, citant en particulier la filière du blé dur, où l’autosuffisance devrait être atteinte dès la saison agricole en cours.
Il a également rappelé que le raffinage pétrolier avait atteint, dès 2022, l’autosuffisance en carburants, avec un début d’exportation, tandis que le secteur industriel s’oriente vers une autonomie croissante dans plusieurs filières, notamment l’électroménager et les équipements électriques.
Parmi les grands projets structurants évoqués, le président de la République a mis en avant la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, dont la réception est programmée pour 2028, ainsi que l’accélération du programme de dessalement d’eau de mer, censé porter à 62% la couverture des besoins en eau du pays à l’horizon 2029 une ambition qui, selon lui, positionnerait l’Algérie comme un leader mondial dans ce domaine.
Diplomatie : Allemagne, Espagne et France
Sur le volet diplomatique, le président de la République a salué le niveau «d’excellence» atteint par le partenariat algéro-allemand, porté par plusieurs projets en cours de lancement, y voyant la preuve que l’Algérie demeure un «partenaire fiable» en train de «se dessiner un avenir prospère».
Avec l’Espagne, plusieurs accords bilatéraux, notamment dans le secteur énergétique, doivent être signés en octobre prochain.
Interrogé sur les relations avec la France, le chef de l’état a tenu à clarifier sa position, affirmant n’avoir «jamais demandé un quota de visas, un nombre de visas, ou parlé de visas», et n’avoir «jamais demandé d’excuses ou d’indemnisations», ajoutant que «l’Algérie ne fera jamais la manche».
Concernant l’Union européenne dans son ensemble, il a qualifié les relations de «naturelles», tout en réitérant la nécessité de réviser l’accord d’association qui lie l’Algérie au bloc européen, dans le contexte d’une économie nationale entrée dans une phase de diversification de sa production.
Un mot pour le Mali, la solidarité et le sport
Le président de la République a de nouveau insisté sur le fait que l’Algérie «ne fera jamais de mal à ses voisins», une phrase qu’il a présentée comme une source de fierté pour les Algériens. Il a également salué l’élan de solidarité nationale manifesté face aux feux de forêt ayant touché plusieurs wilayas du pays, réaffirmant la mobilisation totale de l’état pour protéger citoyens et biens, et rendant hommage à une jeunesse algérienne dont «le patriotisme aigu et l’esprit de volontariat étonnent de plus en plus le monde». Il a par ailleurs ordonné une enquête «très approfondie» sur le tragique incendie de l’établissement de l’enfance assistée de Mohammadia, à Alger.
Sur le plan politique, le président de la République a réitéré son engagement à lancer, dès la prochaine rentrée sociale, un dialogue avec les partis remplissant les conditions légales, tout en confirmant que la composition du futur gouvernement respectera les dispositions constitutionnelles en cas de majorité présidentielle au Parlement une équipe qui devra, a-t-il précisé, allier compétence et pragmatisme, tout en restant à l’écoute des citoyens.
Enfin, évoquant la participation de l’équipe nationale à la Coupe du monde 2026, le président de la République a salué l’accueil chaleureux réservé aux Algériens à Kansas City, annonçant qu’une invitation sera adressée au gouverneur et au maire de la ville, ainsi qu’à une centaine de citoyens américains, pour une visite de découverte de la destination touristique algérienne.
Fateh H.
