Stations-service: Le boycott qui fait peur au Makhzen

Lxaspérés par l’augmentation incessante des prix du carburant, des milliers de Marocains ont lancé une campagne de boycott ciblant les sociétés de distribution et les stations-service. Né sur les réseaux sociaux, ce mouvement dénonce la vie chère, la corruption du Makhzen et les conflits d’intérêts au sommet de l’État.
Vendredi dernier, des citoyens de plusieurs régions du Maroc ont décidé de frapper «là où ça fait mal» : le portefeuille des distributeurs. Sur Facebook et Twitter, les appels au boycott se multiplient, accompagnés de slogans et de hashtags. Les participants sont invités à ne plus acheter de carburant et, pour leurs déplacements indispensables, à privilégier la marche ou les transports alternatifs. «Tout Marocain qui se rend dans une station-service participe à la corruption», écrit un internaute. Un autre ironise : «Moi, je marche à pied… et toi ?»

Une contestation qui dépasse la seule question du carburant
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de cherté de la vie généralisée. Les internautes rappellent que la hausse des prix de l’énergie entraîne une inflation qui touche également les produits de consommation courante. «Le vrai problème n’est pas la voiture, mais l’augmentation des prix des biens essentiels», souligne un citoyen. Pour beaucoup, la crise est globale et pèse directement sur le quotidien des ménages, creusant un peu plus les inégalités sociales au Maroc.
Si les autorités attribuent la flambée du carburant aux tensions internationales et aux fluctuations des marchés mondiaux, une grande partie des internautes rejette ces explications.
Nombreux sont ceux qui accusent le gouvernement de tirer profit de la forte demande et des perturbations locales de la chaîne d’approvisionnement pour imposer des hausses abusives. «Quel rapport entre la guerre [en Ukraine ou au Proche-Orient] et cette hausse ? Ils se moquent de nous», écrit un autre internaute. La perception dominante est que cette explosion des prix relève davantage d’une gestion opaque et d’intérêts privés que de contraintes extérieures.
La contestation prend une dimension politique en raison du rôle d’Aziz Akhannouch, chef du gouvernement ultralibéral et influent homme d’affaires.
Propriétaire du groupe Akwa, il contrôle Afriquia, la première chaîne de distribution d’hydrocarbures du pays, qui détient une position monopolistique. Par l’intermédiaire d’Afriquia Gaz, le groupe domine l’importation, le stockage et la distribution de carburants.
Cette situation alimente les critiques sur un conflit d’intérêts flagrant : Akhannouch est à la fois régulateur public et acteur privé majeur de son propre secteur.
Considéré comme l’homme le plus riche du Maroc aux côtés de la famille royale, il incarne pour ses détracteurs la fusion problématique entre pouvoir économique et pouvoir politique. «Ils ne comprennent que l’argent», écrit un internaute, dénonçant une gouvernance où les intérêts privés priment sur l’intérêt général. De nombreux citoyens estiment que le gouvernement Akhannouch est miné par la corruption et totalement déconnecté des réalités sociales.
Malik M.