Devant les députés de l’Assemblée populaire nationale, la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a dessiné les contours d’une ambitieuse refonte du paysage culturel algérien.
Loin d’un simple ajustement technique, il s’agit d’une stratégie globale visant à adapter la législation aux défis du XXIe siècle, à affirmer une «souveraineté culturelle numérique» et à sanctuariser la mémoire nationale.
Un cadre légal pour l’ère numérique et l’IA
Au cœur de cette initiative se trouve la révision en profondeur des lois régissant les droits d’auteur et les droits voisins. Conscient que la création a dépassé les supports traditionnels, le ministère a engagé une vaste concertation avec les secteurs de la Justice, de la Communication et des Télécommunications.
Cette démarche vise plusieurs objectifs essentiels. Il s’agit d’abord de moderniser la protection en reconnaissant officiellement le contenu numérique et, fait notable, les créations issues de l’intelligence artificielle comme des œuvres à part entière nécessitant une protection juridique.
Le projet entend ensuite durcir les sanctions pour lutter plus efficacement contre le plagiat, la diffusion non autorisée et les contenus jugés contraires aux «bonnes mœurs» et aux valeurs de la société algérienne.
Enfin, ces réformes permettront de garantir les droits des artistes et des auteurs tout en préservant une liberté d’expression encadrée par l’éthique et la loi.
La ministre a particulièrement insisté sur la nécessité pour l’Algérie de maîtriser son environnement numérique. Pour ce faire, l’Office national des droits d’auteur et des droits voisins (ONDA) a été mandaté pour développer un système numérique intégré.
Cette plateforme souveraine, conçue en collaboration avec des universités et des institutions de communication, aura pour mission de cartographier le contenu culturel algérien diffusé en ligne, de détecter les utilisations illicites d’œuvres protégées, et d’analyser et contrer les contenus portant atteinte aux valeurs nationales.
«Ce système offrira à l’Algérie une capacité souveraine de contrôle et d’analyse dans un domaine actuellement dominé par des algorithmes étrangers», a martelé Malika Bendouda.
Il s’agit d’un pas décisif vers une autonomie stratégique, permettant de valoriser la production nationale et de s’assurer qu’elle circule dans un environnement «sûr et éthique».
Éduquer pour mieux créer
Cette stratégie ne se limite pas à la régulation ; elle comporte un volet éducatif majeur. Un programme national d’éducation artistique et culturelle sera lancé en partenariat avec les ministères de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Jeunesse. Son but est d’ancrer la culture des droits d’auteur dès le plus jeune âge, de développer l’esprit critique des jeunes face aux contenus qu’ils consomment et d’encourager une nouvelle génération de créateurs responsables.
La mémoire nationale, de la Bibliothèque au grand écran
Interrogée sur des projets concrets, la ministre a illustré comment cette vision se décline sur le terrain. Si aucun projet de film sur la «Bataille de Bab El Bekkouche» n’a encore été soumis, elle a affirmé la volonté de son département d’encourager activement les œuvres qui valorisent l’histoire nationale. La création, dès 2025, du Fonds national pour le développement de l’Art, de la Technique et de l’Industrie Cinématographique sera l’outil principal pour accompagner les producteurs et scénaristes dans cette voie.
De même, le patrimoine local et intellectuel est au centre des préoccupations.
La ministre a confirmé que la bibliothèque historique «El Massouma» à Tiaret fera l’objet d’événements commémoratifs pour souligner son importance. En parallèle, le dossier de la création légale de la bibliothèque Jacques-Berque à Frenda est à l’étude, reconnaissant ainsi sa «valeur symbolique et cognitive» et la nécessité de protéger son héritage pour les générations futures.
En somme, l’Algérie engage un chantier culturel d’envergure, articulé autour d’un double objectif : se projeter dans l’économie créative mondiale en maîtrisant les outils numériques, tout en renforçant son identité en s’appuyant sur la richesse de son histoire et de son patrimoine .
Amina S.

