Dans la course mondiale effrénée à l’intelligence artificielle, dominée par quelques superpuissances technologiques, l’Afrique se trouve à un carrefour stratégique. Pour l’expert Younes Grar, la question a cessé d’être technique ; elle est devenue une impérieuse priorité de souveraineté économique et de sécurité nationale. Son constat est sans appel : sans unité continentale, le risque d’une dépendance numérique définitive, coûteuse et aliénante, est imminent.
Invité de la Chaîne 3 de la Radio nationale, M. Grar a martelé un impératif économique majeur : l’Afrique doit constituer sans délai un bloc négociateur unifié face aux géants de la tech.
L’enjeu est capital : reprendre le contrôle de la valeur économique la plus critique du 21e siècle, la donnée. Actuellement externalisé, cet hébergement massif des données africaines à l’étranger représente une fuite de souveraineté et un manque à gagner économique considérable. Seul un front commun peut infléchir les rapports de force et négocier des conditions équitables avec les plateformes mondiales.
Le paradoxe est amer, souligne l’expert. Le continent regorge de ressources humaines de premier plan, mais celles-ci alimentent trop souvent l’innovation et la croissance des économies du Nord. Cette «fuite des cerveaux numériques» constitue une perte sèche pour le développement endogène.
M. Grar en appelle à une politique économique courageuse et attractive pour retenir et réinvestir ces talents au service de marchés et de défis spécifiquement africains.
Sur le plan de la sécurité économique, sa recommandation est claire : diversifier les fournisseurs technologiques.
Une dépendance exclusive envers un seul pays ou un seul écosystème expose à des risques géopolitiques et économiques inacceptables. La stratégie doit viser un partenariat intelligent, conditionné au transfert de savoir-faire et à la confiance dans les compétences locales pour développer des solutions sur mesure.
Concernant l’intelligence artificielle, Younes Grar défend une approche de souveraineté stricte.
Les négociations avec les fournisseurs de solutions comme ChatGPT doivent impérativement porter sur l’hébergement local des données et sur une transparence des algorithmes. Il s’agit de garantir que les réponses générées soient objectives et de s’assurer que le patrimoine informationnel africain ne soit pas exploité sans contrepartie pour le développement du continent. En somme, le message est un appel à une politique industrielle numérique panafricaine.
Face à la révolution de l’IA, la fragmentation est un luxe que l’Afrique ne peut plus se payer. Son avenir économique et son autonomie stratégique passent par une union opérationnelle, capable de négocier, d’innover et de protéger ses actifs numériques dans l’économie globale.
Samira A.
Souveraineté Numérique Africaine: L’Union, nouvelle frontière économique face à l’hégémonie de l’IA

