L’Assemblée générale des Nations Unies a officiellement reconduit, samedi dernier, le mandat de l’UNRWA pour une période de trois ans, suivant une procédure rituelle établie depuis les années 1950. Ce renouvellement, obtenu par un vote massif de 151 voix en faveur sur 175 votants, masque cependant une réalité profondément tendue : l’agence onusienne subit une fracture politique et financière sans précédent, orchestrée principalement par Israël et ses alliés les plus proches.
Le résultat du scrutin, bien que montrant un soutien international majoritaire, révèle une radicalisation nette du camp hostile à l’existence même de l’UNRWA. Un record de dix pays ont voté contre, un chiffre en forte hausse par rapport aux années précédentes, où seule une poignée d’États, comme les États-Unis sous l’administration Trump, s’y opposaient.
Cette évulsion illustre le succès croissant des campagnes de délégitimation menées par l’occupant sioniste, qui cherche à asphyxier l’agence par un double mouvement : la calomnie systématique et
l’étranglement budgétaire.
Les accusations israéliennes, brandies avec une intensité particulière depuis les événements du 7 octobre 2023 et reposant sur des preuves jamais communiquées aux enquêteurs de l’ONU, servent de levier pour remettre en cause le statut des réfugiés palestiniens et, à terme, leur droit au retour.
La stratégie porte ses fruits au-delà du cercle traditionnel des opposants. L’Allemagne, pour la première fois, s’est abstenue, envoyant un signal politique lourd de conséquences pour le premier donateur européen de l’agence. D’autres capitales, comme Rome, ont manifesté une réserve similaire, traduisant une crispation grandissante au sein du bloc occidental.
Face à cette offensive, un autre front se mobilise. Des nations comme l’Espagne, la Norvège, la France et plusieurs États du Golfe ont réaffirmé avec force leur soutien, conscient du rôle vital de l’UNRWA. Celle-ci fonctionne comme une structure quasi étatique, assurant l’éducation, la santé et l’aide humanitaire de base à près de six millions de Palestiniens enregistrés au Liban, en Jordanie, en Syrie, en Cisjordanie et dans l’enfer ghazoui. Sur le terrain, l’étau se resserre. Une loi israélienne interdit désormais tout contact officiel avec l’agence, paralysant ses opérations dans les territoires occupés.
À Ghaza, où le bilan humain des hostilités dépasse désormais les 70 000 morts et 170 000 blessés (dont une écrasante majorité de femmes et d’enfants), l’action de l’UNRWA est réduite à sa plus simple expression. Ses écoles sont détruites ou transformées en abris, ses convois humanitaires bloqués, et son budget chroniquement en déficit.
Le vote de l’Assemblée générale garantit une survie institutionnelle à l’UNRWA, mais son avenir opérationnel est en sursis. Le pari de Tel-Aviv est clair : priver l’agence de moyens et de légitimité pour vider de sa substance la question des réfugiés. Le défi pour la communauté internationale est désormais de transformer le soutien diplomatique exprimé dans les urnes onusiennes en engagements financiers concrets et en une protection politique ferme. Sans cela, le mandat renouvelé de l’UNRWA risque de n’être qu’un chiffon de papier, et l’unique institution entièrement dédiée à la survie du peuple palestinien pourrait être lentement étranglée sous les yeux du monde .
Malik M.
Soutien record mais isolement croissant: Le paradoxe du renouvellement de l’UNRWA

