Somalie, Soudan, Mali, Yémen, Libye…Le jeu trouble d’Abu Dhabi

Les émirats arabes unis sont-ils devenus un élément de déstabilisation dans la région MENA ? L’évolution de la situation dans de nombreux pays laisse voir que Abu Dhabi se livre à un jeu trouble, contribuant de manière directe à attiser les tensions.
Désormais, la dénonciation des ingérences ne se fait plus dans les coulisses des pays concernés, du Yémen au Soudan, en passant par la Libye et la Somalie. Ce sont les chefs d’état qui condamnent
ouvertement les pratiques de l’émirat gazier.
C’est le cas du Président de la Somalie. En visite en Algérie en fin de semaine, l’envoyé
spécial du président de la République fédérale de Somalie, Farah Sheikh Abdulkadir Mohamed
a été porteur d’une lettre du président de la Somalie, Hassan Sheikh Mohamud, à son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune. Dans cette lettre, le Président Somalien a dénoncé l’ingérence d’Abu Dhabi dans les affaires internes de son pays.
La lettre fait état de «la position claire de la Somalie à l’égard de certaines politiques et ingérences régionales, notamment les pratiques émanant de l’état des émirats arabes unis, qui compromettent l’unité de la Somalie et attisent les conflits séparatistes, ce qui constitue une menace directe pour la sécurité, la stabilité et l’unité pour les deux espaces africain et arabe». En 2025 et depuis le début 2026, plusieurs pays et institutions internationales ont intensifié leurs accusations d’ingérence à l’encontre des Émirats arabes unis, principalement en Afrique et au Moyen-Orient.
Le Soudan est le pays le plus véhément dans ses critiques et accusations.
En avril 2025, le gouvernement soudanais a porté plainte contre les EAU devant la Cour internationale de Justice (CIJ), les accusant d’être le «moteur» d’un génocide au Darfour en fournissant des armes aux Forces de soutien rapide (RSF). Khartoum a rompu ses relations diplomatiques avec les EAU en mai 2025.
La Somalie a pris des mesures radicales face à ce qu’elle considère comme une atteinte à sa souveraineté, en annulant, le 12 janvier 2026, tous les accords de sécurité et portuaires avec les EAU.
Au Yémen, en décembre 2025, le gouvernement yéménite reconnu internationalement a ordonné le départ immédiat des forces émiraties après des accusations de soutien aux séparatistes du Conseil de
transition du sud (STC).
En Libye, Abu Dhabi est cité par l’ONU pour des violations de l’embargo sur les armes, avec des techniques de «guerre secrète» documentées jusqu’en 2025.
En Algérie, les provocations sont très nombreuses. Les observateurs n’écartent pas l’éventualité de la rupture des relations si la monarchie gazière persiste dans ses pratiques. Plusieurs partis politiques ont dénoncé ces ingérences, qualifiées d’inacceptables.
La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, vient d’alerter contre le jeu trouble des émirats arabes unis. Elle a appelé l’état à nationaliser ses entreprises en Algérie, exhortant les autorités à expulser les «entités émiraties», ainsi qu’à la saisie et à la sécurisation des institutions et installations économiques qu’elles possèdent dans le pays. Selon la patronne du PT, la présence des émiratis constitue «une menace pour la souveraineté nationale et la sécurité de l’état», rappelant que les «entités émiraties» sont responsables de la déstabilisation dans plusieurs pays arabes et africains, notamment la Libye, le Soudan et le Yémen, ainsi que la Palestine et la Somalie. Louisa Hanoune a appelé à prendre des mesures souveraines urgentes pour nationaliser les installations relevant des entités émiraties, récupérer la Société des tabacs et allumettes, et rétablir, également la pleine souveraineté sur le port d’Alger, saluant en même temps les décisions déjà prises par l’état dans ce sens.
Fateh H.