Sahara occidental: De Mistura à Alger, l’ONU garde le dossier ouvert

La visite de Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, remet ce dossier brûlant au cœur de l’actualité diplomatique, à quelques mois d’un nouvel examen par le Conseil de sécurité. L’émissaire onusien poursuit une tournée de consultations destinée à nourrir son prochain rapport, et son étape algéroise résonne comme un signal fort dans un dossier où chaque geste compte.
Invité ce mercredi dans l’émission «L’invité du jour» sur la chaîne 3 de la Radio algérienne, Saïd Ayachi, président du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui, a accueilli favorablement cette présence onusienne.
«La présence de M. de Mistura nous rassure quelque part par le fait que l’ONU reste saisie du dossier», a-t-il déclaré, insistant sur le fait que l’organisation internationale demeure le seul cadre légitime pour traiter une question aussi sensible. Car derrière la visite de routine se profile une réalité tenace : celle d’un conflit qui résiste au temps et dont le règlement reste suspendu à des équilibres diplomatiques fragiles.

Une position algérienne immuable
Sur ce dossier, l’Algérie n’a jamais varié. Sa position repose sur trois piliers constants : le respect du droit international, l’application des résolutions onusiennes et la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
«L’Algérie ne demande que l’application des résolutions de l’ONU», a rappelé Ayachi, soulignant que le Sahara occidental figure depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies, un statut qui engage la communauté internationale dans son ensemble, et pas seulement les parties directement impliquées dans le conflit. Cette constance n’est pas de la rigidité, mais le reflet d’une conviction profonde : que les règles du droit international ne sont pas négociables, et qu’un peuple ne peut être privé du droit de décider librement de son avenir.

Le référendum de 1991 : une promesse toujours en attente
Au cœur du débat juridique et politique se trouve le plan de règlement conclu en 1991 entre le Front Polisario et le Maroc, sous l’égide des Nations unies. Ce texte prévoyait, noir sur blanc, l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Plus de trente ans après, cette promesse demeure lettre morte.
La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la Minurso, créée précisément pour accompagner ce processus, n’a jamais pu mener à bien sa mission première.
La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée au terme de longues et âpres discussions, a
néanmoins réaffirmé ce droit.
La Quatrième Commission de l’Assemblée générale et le Comité des 24, dit Comité spécial de la
décolonisation, continuent, eux aussi, de considérer le Sahara occidental comme une question de
décolonisation ouverte, réaffirmant à chaque session le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même.

Ni autonomie imposée, ni référendum élargi
Face aux propositions marocaines d’une solution d’autonomie élargie, Ayachi oppose une fin de non-recevoir claire : aucune option ne peut être imposée sans que les Sahraouis eux-mêmes ne se prononcent. «Il faut que le peuple sahraoui se prononce, on ne peut pas lui imposer quelque chose», a-t-il martelé,
précisant que toute formule de règlement devra nécessairement passer par un mécanisme de
consultation directe des populations concernées, conforme aux principes du droit international.
Il rejette avec la même fermeté l’idée d’élargir un éventuel référendum à l’ensemble du territoire
marocain. Le droit international est, sur ce point, sans ambiguïté : seul le peuple directement concerné par le processus de décolonisation a qualité pour se prononcer. «Ce sont les peuples concernés par la colonisation qui sont à consulter et pas un autre peuple», a-t-il tranché, balayant d’un revers de main une manœuvre que ses partisans présentent comme une dilution délibérée du droit à l’autodétermination.

Les ressources naturelles, nerf de la guerre
Le conflit ne se réduit pas à ses dimensions politiques et juridiques. Derrière les joutes diplomatiques se cachent des enjeux économiques considérables.
Le Sahara occidental recèle des richesses naturelles , phosphates, ressources halieutiques, potentiel énergétique, dont l’exploitation est au cœur de nombreux différends.
Plusieurs décisions de justice internationales et européennes ont fermement exigé une distinction claire entre le territoire sahraoui et le territoire marocain dans les accords commerciaux, compliquant significativement la gestion du dossier pour Rabat et ses partenaires économiques.
Une jurisprudence qui rappelle, si besoin était, que la question du Sahara occidental n’est pas seulement affaire de principe, mais aussi d’intérêts bien concrets.

Un dossier que le temps n’efface pas
À l’approche des prochaines échéances onusiennes, le Sahara occidental s’impose une fois de plus comme ce qu’il a toujours été : l’un des grands dossiers de décolonisation inachevés du XXe siècle, suspendu entre la rigueur du droit international et la brutalité des rapports de force.
La visite de De Mistura ne résoudra pas, à elle seule, des décennies de blocage. Mais elle atteste d’une chose essentielle : la communauté internationale n’a pas tourné la page, et le peuple sahraoui n’est pas seul face à son destin.
Lotfi L.-E.