Face à la recrudescence de fraudes visant l’allocation touristique de 750 euros, la Banque d’Algérie a réagi en rappelant fermement les règles encadrant l’utilisation de ce droit de change. Cette réaction fait suite à la mise en lumière de pratiques de plus en plus sophistiquées visant à détourner ces fonds publics vers le marché parallèle des devises. Un phénomène structuré a en effet émergé, ciblant principalement des jeunes sans emploi ou des adolescents. Des intermédiaires, souvent appelés «parrains» ou «organisateurs», approchent ces derniers et leur proposent un marché : en échange de la cession temporaire de leur droit à l’allocation, ils prennent en charge l’intégralité des frais.
Cela inclut le coût du passeport (environ 6 000 dinars) et le montant en dinars nécessaire pour acheter les 750 euros (12 millions de centimes), que le bénéficiaire ne pourrait souvent pas avancer lui-même. Séduits par l’idée d’un premier voyage à l’étranger sans bourse délier, les jeunes acceptent. Leur passeport reste généralement entre les mains de l’organisateur en guise de garantie.
Une fois le groupe constitué, souvent en autocar, le trajet vers la Tunisie s’organise.
Pour respecter la condition obligatoire de sept jours de séjour et éviter la pénalité de remboursement et l’interdiction de bénéficier du droit de change pendant cinq ans, plusieurs scénarios existent.
Certains participants séjournent effectivement une semaine, souvent logés sommairement dans des appartements loués à bas prix par l’organisateur dans des villes comme Tunis, Sousse ou Hammamet. D’autres restent près de la frontière, dans des villes comme Tabarka, pour minimiser les dépenses.
Le cœur du système réside dans la conversion des devises. Une fois les 750 euros retirés légalement aux guichets frontaliers de la Banque d’Algérie, une partie importante est revendue sur le marché noir, où le cours de l’euro est bien plus élevé qu’au taux officiel. Le profit généré par cette différence, qui peut dépasser 85 000 dinars par allocation, est ensuite partagé entre l’organisateur et le «prêteur» de son passeport, qui reçoit ainsi une compensation financière pour son rôle.
Ces manœuvres, bien qu’apparaissant formellement conformes aux exigences administratives de durée de séjour, violent clairement la réglementation.
La Banque d’Algérie rappelle que toute manipulation visant à mettre les devises entre les mains d’un tiers non légitime constitue une infraction passible de sanctions pénales.
Ce phénomène n’est pas sans précédent ; des pratiques similaires ont été observées par le passé pour des destinations comme la Turquie, Dubaï ou la Libye, exploitant les mêmes failles dans les systèmes d’allocations ou de voyages groupés .
F. H.
Réseaux, passeports et appartements loués: Les coulisses d’une fraude organisée

