Pendant trois jours, du 30 mars au 1er avril, la Cinémathèque d’Alger mettra à l’honneur la création féminine. Sous l’intitulé «Le cinéma vu par les yeux des femmes», cette manifestation organisée par le Centre national du cinéma (CNC) entend célébrer la place des réalisatrices, des comédiennes et de toutes celles qui, derrière ou devant la caméra, façonnent le septième art en Algérie.
L’événement sera aussi un hommage appuyé à Biyouna, disparue en novembre dernier, figure emblématique dont l’héritage artistique reste vivace. Au programme : des projections de longs et courts métrages, des documentaires, mais aussi des débats et des masterclasses destinés à nourrir la réflexion et à accompagner les jeunes talents.
Plusieurs films viendront rappeler que le combat des femmes a traversé l’histoire du pays.
Fatma N’Soumeur de Belkacem Hadjadj et Saliha de Mohamed Sahraoui retracent ainsi le parcours de deux figures de la résistance à la colonisation. Un hommage sera également rendu à des actrices emblématiques, Kelthoum, Fatiha Berber, Djamila Arras, Farida Saboundji, Fatma Hellilou, tandis que d’autres artistes comme Bahia Rachedi, Nadia Talbi, Nadia Labidi et Lydia Larini seront mises à l’honneur pour l’ensemble de leur carrière.
Longtemps perçu comme un univers masculin, le cinéma algérien a vu émerger, ces dernières années, une nouvelle génération de réalisatrices et de productrices. Des noms comme Fatma Ouezane, Samira Hadj Djilani, Djamila Sahraoui, Fatma Zohra Zamoum, Mounia Meddour ou encore Hadjer Sebata – dont Tayara Safra a été salué par plusieurs prix, incarnent ce renouveau. Adila Bendimerad, coréalisatrice de La dernière reine, plonge quant à elle dans l’Algérie du XVIe siècle avec une œuvre qui a marqué le paysage cinématographique récent.
Les jeunes comédiennes ne sont pas en reste : Nadia Kaci, Sofia Boutella et Lyna Khoudri s’illustrent aussi bien sur les écrans nationaux qu’internationaux, témoignant d’une vitalité qui dépasse les frontières.
Ces journées s’inscrivent dans une dynamique plus large de relance du cinéma algérien. Initiée lors des assises nationales ouvertes par le président de la République en janvier 2025, cette impulsion s’est concrétisée par de nouvelles mesures législatives et un soutien accru de l’État, principal financeur du secteur. Une trentaine de films ont déjà bénéficié de ces aides, et les cinéastes sont invités à déposer leurs projets. Par ailleurs, la programmation de la Cinémathèque fait écho à d’autres rendez-vous réguliers, comme le festival de Saïda dédié au cinéma et à la littérature féminine, qui en est à sa huitième édition.
Le ministère de la Culture et des Arts a également lancé un programme de courts métrages confiés à cinq réalisatrices, encadrées par Yamina Chouikh, dont le film Rachida sera projeté dans le cadre de ces journées. En mettant en lumière le regard, la sensibilité et l’apport des femmes au septième art, cette manifestation veut rappeler que le cinéma algérien se construit désormais avec elles, et grâce à elles.
Un signal fort, au moment où la relance du secteur s’accompagne d’une volonté affirmée de diversité et de transmission.
Amina S.
Regards de femmes: La Cinémathèque d’Alger à l’heure du cinéma au féminin
